Oui parce que c'est au départ une décision politique. Et il est bien rare qu'une décision prise par un ministre sucsite une sorte de la spontanéité populaire! par définition la spontanéité ne se suscite pas... sauf sous une terrible dictature ou sauf lors des rares moments de grâce et de connivence entre le peuple et les gouvernants... Quand Jack Lang décide que le premier jour de l’été serait le jour de la fête de la musique (nous sommes en 1982) l’esprit de l’alternance flotte encore. Après l’échec (de justesse) de la gauche aux législatives de 1978 François Mitterrand avait déclaré que la gauche était culturellement majoritaire même si elle restait politiquement minoritaire. Autant dire que 81 a été vécu par une grande partie de la population comme un profond soulagement. Non pas simplement parce que la gauche arrivait au pouvoir mais parce que cette alternance prouvait que la France était une vraie démocratie. Il y a un message politique dans la fête de la musique à l’origine. Celui de la démocratisation et du besoin de participer. Chacun, qu’il soit virtuose ou amateur est appelé à descendre dans la rue et à jouer pour tout le monde dans un brassage qui se veut fraternel et festif. Edgar Morin a écrit qu’en déambulant dans Paris, un soir de fête de la musique, il avait ressenti, devant la ferveur collective, "une émotion planétaire et cosmique !". Le pli était pris et aujourd'hui on a l'impression que la fête de la musique a toujours existé.Cette fête est devenue le symbole qui suscite toujours la controverse dans le monde intellectuel! Oui elle suscite une incroyable exaspération chez certains intellectuels de droite. Elle symbolise, pour eux, une société qui se délite, dans laquelle le moindre gratteur de guitare vaut le virtuose classique, la société du relativisme… la société du spectacle permanant et obligatoire, orchestré par la cléricature de la bien pensance égalitariste. Une société en voie d’affaissement qui aurait perdu le gout de l’effort. Les réactions à la fête de la musique peuvent être d’une rare violence. La détestation des valeurs qu’elle est sensée véhiculer est exprimée avec brio et outrance par l’écrivain Philippe Muray. Voici ce qu’il écrivait : "Si tu ne viens pas à la fête, la fête viendra à toi." C'est l'exacte traduction moderne, ou la paraphrase candidement actualisée de ce qu'annonçait je ne sais plus quel dignitaire nazi juste après l'arrivée de Hitler au pouvoir : "A partir d'aujourd'hui, plus personne en Allemagne ne sera seul." A cet avertissement infâme,-poursuit Muray- on s'est simplement chargé, comme au reste, de mettre un nez rouge.". Muray décrit une dictature molle et festive, une obligation de sociabilité avilissante. Chez Muray la paranoïa le dispute à l’aigreur mais ce texte montre que dans le monde intellectuel il y a toujours quelqu’un pour s’insurger contre les mouvements de masse. Et même quand c’est mal placé, c’est le signe que l’esprit de résistance à l’idéologie dominante (quel qu’elle soit) est toujours vivace en France. Et je dois avouer qu’un certain 21 avril, quand un groupe de rock approximatif et bruyant est venu s’installer sous mes fenêtre toute la soirée… je me suis senti (momentanément) plutôt en phase avec Philippe Muray !

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