Il y a deux façons de regarder la réalité. Constater que dans le jury cannois du festival, il y a cette année le réalisateur Rachid Bouchareb, un habitué de Cannes d'ailleurs puisqu'il en était reparti il y a 2 ans, avec le prix d'interprétation masculine pour ses 5 acteurs d'"Indigènes". Une belle image de la France et de l'acceptation, de la valorisation de sa diversité culturelle. Ou bien alors, on peut remarquer que le phénomène cinématographique de l'année, que dis-je presque du demi siècle, c'est "Bienvenue chez les ch'tis", et que ce film en réalité est l'exact reflet du modèle social et culturel dominant : c'est comme ça que nous nous représentons encore la France - une France blanche, masculine, le seul exotisme dans cette histoire, c'est qu'elle ne soit pas parisienne mais ch'ti. Aujourd'hui, n'en déplaise aux plus optimistes, c'est plutôt cette réalité étriquée qui continue de dominer. La diversité culturelle, ethnique, linguistique, religieuse est un fait démographique et sociologique qui devrait s'imposer, elle n'est pas une réalité assumée dans la société française. Un rapport de l'ONU publié en mars dernier, épingle sévèrement la France ; il souligne que les "communautés minoritaires en France sont victimes de véritable discrimination raciale, ancrée dans les mentalités et les institutions." Alors, oui, il existe dans notre pays, un arsenal législatif, juridique, institutionnel hors pair pour promouvoir la diversité et combattre les discriminations. Halde, Haut conseil à l'intégration, Think tank militants et efficaces comme le club Averroes ou encore l'institut Montaigne qui élabora en 2004 une charte de la diversité pour les entreprises. Oui il existe des milliers d'associations qui se battent au quotidien dans le même esprit. Oui, il existe quelques évolutions visibles, éclatantes même, que l'on va célébrer toute la journée sur l'antenne d'Inter, des Harry Roselmack et Aïda Touhiri stars du journalisme, des jeunes issus de l'immigration qui créent leur entreprise, et on s'est réjoui l'an dernier de la nomination de 3 femmes ministres, black et beurs. Quand Nicolas Sarkozy les présentait à Georges Bush cet été, "vous avez vu, c'est ça la France", on était finalement presque aussi fier que lui. Et puis il y a une autre réalité. Des managements d'entreprise totalement hermétiques à la diversité malgré les beaux discours. Dans les staffs de direction des entreprises du cac 40, chez Axa, promoteur de la charte de la diversité comme ailleurs, les dirigeants noirs ou beurs se comptent sur les doigts d'une main. Des jeunes surdiplômés contraints d'aller travailler à la City à Londres, car à Paris, personne n'en veut. La mondialisation devrait nous pousser à nous ouvrir, elle nous laisse avec nos vieux schémas racornis. Sur la scène politique, il y a toujours ces 3 femmes ; mais pas un député élu en juin 2007 qui ne soit blanc et français depuis plusieurs générations, si l'on excepte les parlementaires d'Outre mer. Depuis les dernières municipales, deux élus seulement issus de la diversité dirigent des villes ou arrondissements en l'occurence de plus de 30 000 habitants. Le pouvoir ne se partage toujours pas. Pas même avec les femmes, alors pensez donc, avec les "autres"! En France, nous ne sommes pas sortis de cette schizophrénie. Tenir des discours, célébrer la journée mondiale de la diversité culturelle, ça on sait faire, mais on laisse les portes du pouvoir closes devant quiconque de différent. Dans le prochain préambule de la constitution de 58 sur lequel travaille Simone Veil, il devrait être fait une mention spéciale "de la diversité et des moyens à mettre en oeuvre pour rendre possible de véritables politiques d'intégration". Formidable, la France va pouvoir continuer à clamer à la face du monde, qu'elle est le pays des valeurs universelles. Pays des valeurs, pas forcément des actes.

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