L’extrême gauche occupe une place importante dans ces élections européennes, même si les derniers sondages promettent une moindre influence que prévu pour le NPA. Le nouveau parti anticapitaliste et lutte ouvrière devraient faire à eux deux, encore une fois, un score relativement important, en réalité tout à fait unique en Europe. On a déjà beaucoup commenté, au moment de la naissance du NPA, cette tentative d’Alain Krivine et Olivier Besancenot de désincarcérer leur mouvement du trotskisme pour englober toute la mouvance de contestation radicale du capitalisme. La crise devrait logiquement apporter de l’eau au moulin du NPA. L’activisme d’Olivier Besancenot, sur tous les conflits sociaux, en ce moment, le met souvent au cœur de l’actualité, devant les micros et les caméras, au milieu des ouvriers de l’industrie. Les partis d’extrême gauche ou d’extrême droite en France bénéficient de la nature de notre vie politique. La cinquième république fait que tout est polarisé sur une seule élection. La seule, en réalité, qui soit déterminante : l’élection présidentielle. L’affaiblissement des contre pouvoir et l’apathie du parlement favorisent le côté défouloir d’un scrutin intermédiaire, sans enjeux locaux, comme celui de juin prochain. Et pour se défouler, évidemment, rien de mieux que les extrêmes. Pourquoi les autres pays européens n’ont-ils pas une extrême gauche comparable à la notre ? C’est un sujet très étudié en sciences politiques. La spécificité française se caractérise par l’importance du trotskisme. Dans les années 60, 70, le fait d’avoir un puissant PC affilié à l’URSS a favorisé l’existence de petits partis trotskistes comme LO et la LCR. Ils n’étaient pas importants mais servaient de réceptacle à tous ceux qui trouvaient la SFIO, puis le PS trop modéré et le PC trop stalinien. Ces petits partis sans influences électorales étaient largement animés par des étudiants qui, bien souvent (surtout ceux de la LCR ou du PCI lambertiste dans les années 80), devenaient socialistes à la fin de leurs études, par pragmatisme, assagissement naturel avec l’âge, ou bien sûr, par opportunisme. L’extrême gauche dans les autres pays n’a pas eu ce rôle et surtout a eu une image ternie par le terrorisme. Les brigades rouge italiennes ou la fraction armée rouge en Allemagne ont fait peur à la population car ces organisations arrivaient à recruter et à agir. Action directe en France n’a jamais dépassé une poignée d’individus et n’a jamais eu vraiment les moyens d’agir. Ce sont les trotskistes français et principalement la LCR, non violente, vaguement libertaire, qui ont, en quelque sorte, contenu la frange extrémiste de la jeunesse des baby boomers. L’extrême gauche en France n’est donc pas associée à l’image de la violence. Au contraire, Arlette Laguiller qui représentait pourtant un parti plus dogmatique et plus fermé que la LCR, offrait à chaque élection le visage d’une employée révoltée et sincère. L’extrême gauche, même peu influente, a donc passé sans encombre les trente dernières années. Aujourd’hui, après des décennies de critique du libéralisme, elle peut récolter les fruits électoraux de ses luttes et de ses protestations. Elle ne représente en aucun cas une alternative crédible pour la quasi-totalité de nos concitoyens. Mais beaucoup de Français lui reconnaissent le droit de parler, de dénoncer, de s’indigner en leur nom. Pour bien comprendre les origines et les méandres de l’extrême gauche, depuis les maoïstes, les situationnistes, les altermondialistes jusqu’à ces nouveaux libertaires et cette ultragauche qui serait émergeante, il faut lire le dernier livre de Christophe Bourseiller : « A gauche toute », publié aux éditions du CNRS. _____ LIVRE : Christophe Bourseiller, « A gauche toute » (CNRS éditions).

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