Ce matin, vous nous parlez d’un terme qui revient beaucoup dans les commentaires pour qualifier la politique de François Hollande : « la social-démocratie » !

Oui et on utilise ce terme par facilité parce que la tradition française du socialisme démocratique ne s’est pas forgée selon les critères qu’on attribue à la vraie social-démocratie. Celle d’outre Rhin ou des pays scandinaves. Le SPD allemand, l’un des plus anciens partis d’Europe va fêter ses 150 ans cette semaine. Mais en France, on utilise ce terme pour dire « socialiste modéré et pragmatique » si l’on est bienveillant ou « socialiste soumis au dictat du marché », si l’on est plus critique et plus à gauche. Social-démocrate c’est avant tout une alliance politique et syndicale forte. Notre tradition de la réforme par à-coups est une tradition de l’affrontement. Les forces politiques promettent et quand elles gagnent les élections, elles imposent leurs vues en vertu de leur victoire. L’opposition peut tenter de freiner l’application du programme par des démonstrations de force sur le pavé. Le pavé, depuis 1789 est une partie intégrante, presque institutionnalisée, de notre vie politique. Voilà pourquoi dans notre société -toujours au bord de la crise de nerfs- on réforme, mais il y a toujours un gagnant triomphateur et un perdant écrasé.

Alors que la social-démocratie est basée sur la recherche du compromis.

Oui, ça n’exclut pas le rapport de force d’ailleurs mais ce sont les syndicats et le patronat qui doivent rechercher ce compromis. En ce sens, on pourrait dire que François Hollande est social-démocrate parce qu’il dit vouloir apaiser les rapports sociaux, parce qu’il a souhaité que la reforme du marché du travail se fasse sur la base d’un accord patronat/syndicats. Il veut qu’il en soit ainsi, aussi pour la réforme des retraites à venir. Le problème c’est qu’en France les syndicats sont divisés. Seul 8% de nos concitoyens sont syndiqués et notre patronat n’est pas naturellement porté à la négociation non plus. Demander aux partenaires sociaux d’appliquer les règles de la social-démocratie en France c’est un peu comme demander aux supporters du PSG d’organiser avec les supporters de l’OM une vente de charité au profit des CRS blessés! Outre que nous avons du mal avec le compromis social, tout se passe, chez nous, comme si depuis la controverse Jules Guesde/Jean Jaurès sur la compatibilité du socialisme avec la République, la gauche modérée était une éternelle traîtresse. C’est elle qui accepte de gouverner dans le cadre des institutions, puis dans le cadre de l’économie de marché et aujourd’hui dans le cadre de l’Union Européenne. Elle est toujours vue comme une sorte de « collabo » par la gauche de la gauche, d’essence protestataire, qui préfère conserver ses places fortes dans la société plutôt que d’exercer le pouvoir. Pourtant, aujourd’hui il y aurait urgence à promouvoir une société de conciliation et de compromis social. Prenez la nécessaire transition écologique ! Elle ne pourra pas se faire par la seule logique de l’affrontement. Si François Hollande, dont la philosophie politique semble très proche de la social-démocratie, n’aime pas se qualifier ainsi, c’est bien qu’il a conscience qu’en réalité, avec la structure syndicale rachitique et la mentalité patronale de notre pays, il est un social-démocrate sans bras.

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