Donc Marion Maréchal-Le Pen devient Marion Maréchal

Oui, c’est une «délepénisation». Depuis vendredi, Marion Maréchal tout court se présente ainsi sur les réseaux sociaux, nous dit le Parisien. Quand Marine Le Pen change le nom du parti, sa nièce va plus loin ! Pour elle, l’impasse ne vient pas du nom Front National mais de celui de Le Pen. L’ancienne députée du Vaucluse est dans une démarche de long terme. Le paysage politique n’est pas assez délabré et elle-même pas assez prête, du haut de ses 29 ans. Le pari c’est qu’après un 2nd mandat d’Emmanuel Macron, alors que le président réélu aurait définitivement laminé les restes du vieux monde politique, passée la 2ème lame sur Marine Le Pen, et  Laurent Wauquiez, l’ex-benjamine de l’Assemblée pourrait alors incarner le renouveau de la droite. Dix ans de préparation, d’incubation de son projet politique, et elle aura l’âge d’Emmanuel Macron aujourd’hui. L’école des cadres qu’elle est en train de monter à Lyon, la revue ‘l’Incorrect’ , doivent accompagner l’émergence d’une nouvelle droite libérale et nationale, conservatrice et identitaire et ses moines soldats, éduqués, formatés pour le combat culturel. Les nouveaux maréchalistes rêvent d’une prise de pouvoir gramscienne, basée sur l’idée qu’il faut d’abord faire naitre une majorité culturelle avant d’espérer une majorité politique. Les mouvements nationalistes et identitaires qui émergent en Europe, l’aspiration à l’antisystème qui s’y manifeste, sont autant d’encouragements pour Marion Maréchal.

Ce plan est-il crédible ?

Plutôt pas, en fait… ce que je viens de vous raconter est le roman qu’elle et ses amis écrivent et veulent que nous racontions ! C’est incroyable de constater d’ailleurs le crédit médiatique que cette jeune femme a réussi à obtenir, symbole du désarroi idéologique qui règne à droite en ce moment. Parce que, quand même, qui peut dire quelle est la pensée de Marion Maréchal Le Pen ? Certes, la jeune femme s’exprime bien, maitrise mieux les dossiers que sa tante, braillarde et floue à la fois. Mais on est bien en peine de définir les contours de sa droite. Nationale et libérale, deux concepts compliqués à concilier dans un monde globalisé. La majorité culturelle qu’elle entend représenter est pour l’instant une minorité d’autant plus bruyante que ses thèses, en réalité, perdent en influence. Les réseaux sociaux et le tout-info, qui ont besoin de paroles cash, survalorisent les extrêmes prétendument anti-bien-pensance ! La droite blanche, catholique, traditionnelle, rurale, libérale et conservatrice, peut-elle représenter une majorité en France ? Rien n’est moins sûr. À cette droite qui rêve d’union, il faut, certes, une «délepenisation» mais aussi une nouvelle ligne directrice. La jeune défroquée du lepénisme y travaille. Et comme elle ne dit rien, on en conclut, un peu hâtivement, que sa pensée est profonde ! Mais pour l’instant,  elle raisonne surtout, cette pensée, d’être creuse ! Repassez-vous pour vous en convaincre son court discours aux Etats-Unis auprès des nouveaux conservateurs. Il est donc possible que son silence ne soit pas que tactique mais plutôt le signe de la vacuité conceptuelle et idéologique de cette droite réactionnaire qui, comme son nom l’indique, ne fait que réagir au monde qui va sans pouvoir proposer un monde qui vient… différent de celui qui fut…

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