Steve Bannon est à Paris pour peser sur les Européennes en faveur de Marine Le Pen

Mais la présence lourdingue du populiste américain, depuis sa suite au Bristol, pourrait bien être, au contraire, une divine surprise pour la liste de la majorité présidentielle. Ce matin, le président, dans son interview à la presse régionale, saute d’ailleurs sur l’occasion. LREM cherche un ressort que son bilan ne lui fournit pas. Elle croit tenir (tentative de prophétie-auto-réalisatrice) l’argument qui montre que le RN est, en réalité, selon l’expression consacrée, le ‘parti de l’étranger’. Emmanuel Macron avait théorisé le clivage, selon lui pertinent, pour cette campagne : progressistes (pro européens) VS populistes (nationalistes). Le problème, c’est que l’on voit bien ce qu’est le populisme nationaliste, force montante en Europe, qui arrive même à faire croire à sa cohérence... En revanche, on ne voit pas vraiment ce que recouvre ce ‘progressisme’ et en quoi le macronisme peut l’incarner ? La dénonciation de l’illibéralisme ne suffit pas à se définir soi-même et ce n’est pas la tentative de verdissement de la liste qui donne à la liste Loiseau un contenu progressiste propre à créer une dynamique. Le nouveau clivage, plus lisible et plus avantageux pour les pros européens, est finalement fourni sur un plateau par Steve Bannon...

Europe des Nations contre Europe puissance. 

Oui, l’Europe n’est pas vue par nombre d’électeurs comme une puissance face au reste du monde mais comme une nuisance pour les citoyens. Steve Bannon donne, sans le vouloir, du crédit à la vision de ceux qui estiment que l’Europe des Nations, ce n’est pas plus de puissance pour chacune des Nations mais plutôt une faiblesse généralisée. En effet, Bannon, venant des Etats-Unis d’Amérique, lui-même nationaliste (pour ses Etats-Unis à lui), se prononce contre l’Europe intégrée (une forme d’Etats-Unis d’Europe). Il ne cache pas, au cours de ses interviews, sa détestation des institutions européennes et cite toujours Nigel Farage, le brexiter en chef, comme son allié le plus proche. Une Europe des petites nations concurrentes sous le patronage des Etats-Unis à l’ouest et de la Russie à l’Est,  voilà le projet. L’ancienne éminence brune de Trump ne le formule pas ainsi mais à le lire ça saute aux yeux. Voilà qui donne corps à la notion d’Europe puissance défendue par Macron, jusque-là dans une indifférence générale. La réaction très agacée des responsables RN face à la tournure prise par l’ingérence de Steve Bannon montre qu’ils perçoivent le hiatus que représente le fait de se dire nationaliste (d’une puissance moyenne) et de se voir chaperonné par un nationaliste d’une superpuissance étrangère au moment, justement, où celle-ci proclame ‘America first’. Pas sûr que l’affaire soit très dissuasive pour les électeurs décidés de la liste Bardella mais les résultats de ce type d’élection découle de ce que l’on appelle la ‘mobilisation différentielle’. C’est-à-dire que la question n’est pas de savoir quel élément de la campagne décidera un électeur à changer de camp (ça c’est finalement marginal) mais qu’est-ce qui le décidera – plutôt que l’abstention- à aller voter, pour son camp habituel ou contre le camp adverse. L’ingérence Bannon, caricaturale, outrancière, clarifie en quelque sorte le débat et peut être un élément en faveur de LREM...

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