Zéro blabla, mais beaucoup de tracas ! Comment les politiques s'attaquent au monde de l'assurance, pour qu'il aide, lui aussi, à faire face à la crise.

Dans la crise, l’exécutif teste aussi son pouvoir sur les assureurs, quasiment montrés du doigt comme les anti-héros de cette crise. Autant le gouvernement soigne la « première ligne », médailles, primes, et maintenant Ségur de l’hôpital… Autant il bouscule le secteur de l’assurance, pour son manque de réactivité et de solidarité avec les entreprises en crise. Rappelez-vous Emmanuel Macron, le 13 avril, devant 37 millions de téléspectateurs, un record : « les assurances doivent être au rendez-vous de la mobilisation économique, j’y serai attentif… » Le ministre de l’économie embraye. Bruno Le Maire, le 6 mai : « Elles doivent faire encore un pas vers plus de solidarité. » Toujours ce verbe « devoir »… 

Pression des députés aussi. Début avril, coup de sang du Républicain Philippe Gosselin, qui écrit (et à l’époque il n’est pas le seul parlementaire à le faire) à la présidente de la Fédération française d’assurance : "Madame, pendant le confinement, peu de circulation automobile, peu de vols, moins de dégâts, il me semble souhaitable que les plus-values dégagées soient chiffrées, afin qu’elles puissent être remises, à minima, dans le circuit de la solidarité." Ce courrier est toujours sans réponse. 

Alors, les assureurs se défendent : comment voulez-vous payer pour un risque, inconnu, qui ne figurait pas au contrat ? Le risque épidémique oui, pandémique non, car on change d’échelle.

Les assureurs seraient des bouc-émissaires trop faciles  ? 

Vous ne me ferez pas rejouer le sketch des Inconnus, entre le bon et le mauvais assureur. Certaines mutuelles ont débloqué des fonds et mis la pression sur leurs concurrents. Mais globalement, l'effort paraît léger : 400 millions d'euros pour aider les TPE, quand les fonds propres des assureurs pèse 57 milliards d'euros. Même Nicolas Sarkozy, après la crise de 2008, avait taxé le secteur à hauteur de 4 milliards d’euros…

Ce qui fait dire à un certain Xavier Bertrand (il connaît son sujet pour avoir exercé le métier pendant 12 ans !) que les assureurs « s’en sortent à très bon compte » ! Il s'étonne que "personne n’ose leur tordre le bras". Peut-être pas peur de le casser !

Car en coulisses, c'est effectivement une autre partition, plus subtile, qui se joue. La relation est très bonne, par exemple, entre Axa et Bercy... Et l'idée est de faire bouger le secteur sans forcément le brutaliser. A condition que ça s'entende ! Et là, la politique reprend ses droits : indépendants, commerçants, artisans, frappés par la crise, parfois sans filet de sécurité ni chômage partiel, ce sont 5 millions d'électeurs potentiels. Revoteront-ils Macron en 2022 comme ils l'avaient fait en 2017 ? De la gestion de l'après-crise dépend la confiance renouée ou perdue. 

Des mots durs, donc, du gouvernement sur des assureurs qui joueraient trop perso... Mais surtout des mots. Ce ne sera pas la même musique à l'Assemblée, débat fiscal à venir début juin. Plusieurs députés, et notamment l’ex-marcheuse Emilie Cariou, souhaitent légiférer pour imposer une contribution obligatoire sur les réserves dont bénéficient les assureurs. Et puis viendra la nécessaire redéfinition du risque : à l’état de catastrophe naturel, il faudra ajouter la catastrophe sanitaire. 

Dans la crise, il en va de la relation entre l’Etat et les assureurs, comme de son soutien à Renault : l’opinion n’aura confiance que si les contreparties sont visibles et garanties dans le contrat.

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