Bien sûr, on se demande déjà ce que cette arrestation peut avoir comme répercussions sur le déroulement de la campagne…

C’est, bien sûr, très difficile à dire. Le principal, pour la campagne, comme pour tous les habitants de la région toulousaine, c’est que la vie ne soit plus suspendue à l’arrestation du tueur. C’est maintenant le profil, l’identité du tueur, ses motivations qui vont faire débat et qui ne vont pas manquer de soulever tout un tas de questions. On peut déjà les lister et… rien qu’en les énonçant on imagine dès maintenant les arguments des uns et des autres. Et avouons-le, on perçoit déjà les risques de dérapages et d’utilisations abusives que peut permettre une telle affaire.

L’immigration, la religion, la sécurité, l’identité… des sujets qui s’imposeront et des questions qui ne manqueront pas d’être soulevées avec toujours un risque, une suspicion d’instrumentalisation. Faut-il vraiment quitter l’Afghanistan ? Et son corollaire, fallait-il y aller ? Qu’y fait-on encore ? Ce jeune homme est-il le produit de la faillite de la politique d’intégration ou le produit d’un laxisme aveugle ? Comment n’a-t-on pas pu repérer plus tôt qu’un tel individu, un jeune Français, dérivait de la sorte ? Ce sera le retour du spectre de l’importation du conflit israélo-palestinien dans nos banlieues… Viendra aussi la question du leadership pendant le déroulement du drame jusqu’à son dénouement… Viendront immanquablement, dans les prochains jours les premiers sondages qui mesureront les effets de cette affaire sur les intentions de vote, puis les commentaires de ces effets. Les récupérations, les tentatives de récupérations, les accusations de récupération qui constituent souvent le stade ultime, justement, de la récupération.

Bref, rien de bon pour le débat de la présidentielle au moins des prochains jours…

Oui, pour les prochain jours, parce que l’on connaît aussi la propension de notre monde politique et médiatique au zapping. Mais effectivement, rien de bon pour l’instant si, d’un commun accord ou bien par une décision en chaine, comme celle d’avant-hier de suspendre momentanément la campagne, si donc les candidats ne s’obligeaient pas à adopter une grande modération et n’imposaient pas au débat un ton serein. La présidentielle, ce moment clef de la démocratie française est censée être le moment où l’on réfléchit, non seulement aux solutions concrètes à mettre en œuvre pour la bonne gestion du pays, mais aussi à notre destin commun, à l’identité de notre République, à son message et à ses valeurs. La compétition des hommes, les conflits des ambitions en font déjà une élection trop passionnelle, du fait de la personnalisation extrême, voulue par nos institutions et le mode de scrutin. L’irruption d’un événement comme celui que nous venons de vivre, évènement en forme de boîte de Pandore à passions, n’est pas faite pour favoriser des discutions rationnelles. Cet après-midi, la plupart des candidats seront à la cérémonie en hommage aux trois soldats assassinés, ils se recueilleront ensemble… ce sera certainement une image forte… mais on attendra quand même, au delà de cette photo d’unité des responsables du pays et de ceux qui aspirent à le devenir, on attendra avec impatience, les première déclarations des uns et des autres, pour évaluer, rapidement le degré de responsabilité de chacun. Le pire n’est jamais certain.

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