Nicolas Sarkozy s’adresse donc aux français à travers cette lettre publiée ce matin dans le Figaro

nicolas sarkozy dénonce des méthodes dignes de la stasi au sujet de sa mise sur écoute
nicolas sarkozy dénonce des méthodes dignes de la stasi au sujet de sa mise sur écoute © reuters

Oui, et finalement… au delà de ce qui relève de la sincérité de l’homme blessé, de ce qui relève de la stratégie de défense et de ce qui relève d’une tactique de retour en politique….( 3 parts que personne ne peut évaluer), il y a la force des mots prononcés par un ancien président. La puissance évocatrice de la voix d’un ancien chef d’État. Nicolas Sarkozy sait très bien que son propos n’est en rien celui d’une Nadine Morano ou même d’un Henri Guaino… il sait que l’outrance prise comme telle, quand il s’agit de groupies officielles, ne peut pas être de mise quand c’est lui qui parle. Donc, un ancien président de la République estime que la France d’aujourd’hui, sa police et sa justice, son pouvoir peut être comparé à l’Allemagne de l’Est. Que sa situation personnelle peut être comparée à celles des dissidents courageux et traqués, décrits dans effectivement merveilleux film "la vie des autres". En prononçant ces mots d’homme blessé, ou de fin stratège, Nicolas Sarkozy donne une force incroyable à tous les doutes, toutes les théories du complot, tous les sentiments du "tous pourris" qui polluent le débat public. En évoquant la Stasi, l’ancien président suggère que toutes les écoutes pratiquées sur des décisions de justice, par les policiers professionnels se retrouvent, automatiquement sur le bureau des plus hautes autorités politiques. Dans cette affaire – outre ce qui pourrait être judiciairement reproché à l’ancien président - il y a au fond deux questions potentiellement scandaleuses. La première ce n’est pas que Nicolas Sarkozy ait été écouté. Ce sont des juges indépendants qui en ont décidé ainsi… et tant qu’on ne sait pas tout ce que soupçonnent les juges…on ne peut pas en juger nous même. Mais c’est la masse des moyens déployés par les juges pour écouter l’ancien président qui parait démesurée. Il y a des recours pour cela. Il faudra bien que la justice démontre que ces moyens exceptionnels sont justifiés, par exemple, par des moyens exceptionnels utilisés par Nicolas Sarkozy pour échapper à la justice !

Deuxième aspect souligné par Nicolas Sarkozy, et qui est potentiellement scandaleux : le rôle de l’exécutif dans cette affaire. Bien sur… si le gouvernement s’est magistralement ridiculisé dans sa communication sur la question de savoir si l’exécutif était au courant des écoutes, il ne s’agissait pas du contenu des écoutes mais bien du fait qu’elles aient eu lieu. Maintenant ce qui, effectivement serait scandaleux, c’est que le gouvernement soit, en direct, en possession du contenu de toutes les conversations téléphoniques de l’ancien président, sur tous les sujets et avec n’importe quel interlocuteur. C’est exactement ce que laisse entendre Nicolas Sarkozy en évoquant la Stasi. Tous les magistrats et les policiers affirment le contraire et expliquent que les politiques concernés n’ont, sur leur bureau que des synthèses ayant trait aux affaires. Nicolas Sarkozy met en doute ce fait en pointant la couleur politique du syndicat de la magistrature. A ce compte là, on se demande pourquoi la police –dont on connaît la couleur politique des syndicats- jouerait le jeu. Quand Nicolas Sarkozy compare la police et la justice française avec la Stasi il suggère que ces écoutes sont commandées par le pouvoir politique. Ce qui est objectivement faux, puisque les juges d’instruction sont totalement indépendants ! Nicolas Sarkozy a peut être réussi un joli coup en matière de stratégie de défense, il a peut être passé du baume sur une blessure réelle et à vif, il a peut être même fait un pas vers son retour en politique… mais à quel prix pour la crédibilité des institutions et le consensus républicain !

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