Ce matin Thomas Legrand est inspiré par le bonapartisme revendiqué par JF Copé…

Oui, empruntant à René Rémond, JF Copé inscrit sa candidature dans le cadre futuriste du bonapartisme. Et, il n’est pas le seul à vouloir remettre de l’autorité verticale. Cette préoccupation s’explique après 12 ans de chiraquisme qui n’ont rien résolu et 5 ans de sarkozysme qui ont hystérisé la politique sans résultats. Une impuissance (largement confirmée par François Hollande) qui aboutit donc à cette idée selon laquelle, au-delà du traditionnel clivage droite/gauche (augmenté de l’extrême droite), la présidentielle se jouera sur la promesse de l’efficacité, du « pouvoir faire ». Le souci de chaque candidat sera de convaincre qu’il y arrivera ! D’ailleurs, on ne demande plus aux candidats quel est leur horizon pour la France ? Mais d’abord de nous prouver qu’ils auront les moyens de leur politique. Et le moyen tout trouvé, à droite, c’est le retour de l’autorité. La méthode bulldozer : on réformera par ordonnance, par référendum, en force, dans les cent jours, on envahit la Pologne, les déficits et le code du travail, façon Blitzkrieg! Il faut un chef à l’Elysée ! Un chef sachant « cheffer », comme disait Chirac qui, pourtant, avec ses airs d’officier de cavalerie, a un bilan de « Roi fainéant », comme disait –cette fois-ci- Sarkozy, incarnation de l’énergie en politique, mais finalement aussi vaine qu’une éolienne qu’on aurait oublié de raccorder au réseau !

L’époque n’est plus à la verticalité du pouvoir donc?

On peut en douter ! Le bonapartisme, c’est peut-être bon (et encore) pour l’époque de Bonaparte, le gaullisme (ça c’est plus évident) pour l’époque de de Gaulle. Les époques épiques des grands hommes, des nations fermées, hostiles et menaçantes, l’époque du patriarcat, de la hiérarchie sociale pyramidale, des plans quinquennaux, du Franc et des frontières, l’époque où les enfants ne parlaient pas à table, où il y avait des chefs de bureau, des chefs de famille, ou les ouvriers obéissaient à leurs patrons et à leurs syndicats, qui eux-mêmes obéissaient à Dieu ou à Moscou, l’époque ou la présidentielle était, selon de Gaulle, la rencontre entre un homme, le peuple et des circonstances… cette époque est révolue (à moins de vouloir gouverner comme Poutine). Qui, aujourd’hui, peut imaginer que les circonstances et le peuple ont rendez-vous avec le maire de Meaux, de Bordeaux, d’Evry ou l’héritière de Montertout ? Il n’y a plus d’homme providentiel. Tant mieux ! Que ferait Bonaparte, ou même de Gaulle, dans un monde ouvert et libre comme le nôtre ? Finalement, ce n’est peut-être pas du retour à l’autorité d’en haut dont la France a besoin mais d’horizontalité, de plus d’implication et de responsabilités des citoyens, des collectivités locales, des associations, des syndicats, des entreprises. L’horizontalité, certes, est plus exigeante. Elle fait plus appel à la raison et au compromis qu’au réflexe et à l’affrontement. Le mythe du retour dé-responsabilisant du chef reste électoralement plus vendeur. Mais en Europe, il n’y a que chez nous que le bonapartisme fait encore rêver. Partout ailleurs c’est l’image, non pas de l’efficacité, mais de la folie autoritaire d’il y a 2 siècles.

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