Chacun de ces candidats, aguerris, qui fait campagne depuis des mois, depuis des années pour certains, maitrise parfaitement son discours.

Mais ces discours étaient enfin confrontés les uns aux autres. Il y a eu deux émissions, en réalité. Les moments (surtout au début) où chacun était dans son couloir et déroulait, en catalogue, ses propositions (on pouvait finir leurs phrases)… et -beaucoup plus parlant- les moments, où il y avait vraiment interaction. Ces moments-là ont donné lieu à des situations politiques des plus étranges : on se surprenait à guetter les convergences inattendues, des alliances fugaces, contre-nature et iconoclastes… des ententes tournantes. Il y en a eu comme jamais. Ainsi a-t-on vu Jean-Luc Mélenchon très souvent en accord avec Marine Le Pen sur l’Euro, les déficits, les États-Unis. On savait qu’il pouvait y avoir des ressemblances mais à ce point assumées et exprimées d’un acquiescement ou d’un mot d’approbation, c’est inédit et parfaitement bénéfique pour la candidate d’extrême droite toujours en recherche de validation de ses thèmes de prédilection. De même Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et François Fillon étaient d’accord sur leur appréciation du rôle de la Russie en Syrie et sur cette incroyable idée conférence des frontières. Le Pen et Fillon étaient sur la même ligne concernant l'age de la majorité pénale… Macron et Hamon ont approuvé Mélenchon (qui fut certainement le meilleur animateur du débat) quand celui-ci a clos la très courte séquence affaires, en disant une vérité imparable et cruelle selon laquelle tous les Français sont au courant : ils jugeront. François Fillon, solide le reste du temps, avait à ce moment-là, un sourire crispé, Marine le Pen restait pour une fois coite. Mais c’est Emmanuel Macron qui aura été le champion de l’acquiescement approbateur : sur les déficits, avec François Fillon, sur la laïcité avec Jean-Luc Mélenchon, avec Benoit Hamon sur le rôle diplomatique de la France (il a su aussi, soyons juste, assumer des désaccords avec tout le monde)…. Mais son fréquent « là-dessus je suis d’accord », qui le posait en rassembleur pragmatique, pouvait aussi le faire passer pour une sorte d’invertébré politique.

En revanche personne ne se risquait à approuver d’un regard ou d’un mot quoi que ce soit d’Emmanuel Macron...

Non ! Parce que –favori- il ne fallait pas prendre le risque de lui apporter un quelconque soutien. La question principale de ce débat était le sort d’Emmanuel Macron. Il fut d’ailleurs la principale cible des 4 autres. Il a alterné des moments forts, notamment sur le burkini face à Marine Le Pen et les moments plus évasifs, sur les questions internationales par exemple, souligné (un partout) par Marine Le Pen. Mais un constat valide son analyse : la géométrie variable des accords et des désaccords constatée hier confirme que le clivage gauche/droite n’est plus opérant pour lire le paysage politique. Emmanuel Macron sera-t-il assez solide pour incarner l’offre politique qui correspond à une réalité qu’il a bien perçue et est le seul à revendiquer aussi clairement ? Ce premier débat ne suffit sans doute pas à trancher.

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