Quelle sortie pour le Grand débat ?

Quand on interroge des responsables de la majorité à ce sujet... c’est tout juste s’ils ne vous répondent pas ‘j’allais justement vous poser la question’. Ils sont paumés ! On comprend que l’on n’est pas près (dans les semaines, les mois qui viennent) de voir les résultats du débat se traduire en projets de loi. D’abord parce que ce qui émerge,  c’est plus de justice fiscale, plus de services publics, un système de santé renforcé. Donc des mesures onéreuses propres à remettre en cause les équilibres que le président avait promis de maîtriser. C’est bien connu, le meilleur moment dans l’amour, c’est quand on monte l’escalier. Avec le Grand débat, Emmanuel Macron a trouvé l’escalier. M’est avis qu’on n’a pas fini de grimper ! Ainsi, il voit l’affaire en deux temps qui pourraient s’étaler. D’abord une phase de restitution. Quand les instituts chargés de décortiquer le contenu des 10.000 réunions, des 2 millions de contributions, en auront extrait la substantifique moelle, le gouvernement la soumettra au débat public. Les oppositions seront ainsi amenées à commenter non pas les décisions du gouvernement mais les propositions des Français. Ensuite, et pour complaire à une autre demande qui se fait jour, l’exécutif devrait passer les sujets à la moulinette de sortes de Grenelles thématiques, de conférences de consensus, bref de toute une machinerie à inventer pour faire de la démocratie participative, de l’horizontalité tant réclamée… ça peut durer des mois ! Le but c’est que les propositions issues de ce processus encore très vague soient perçues comme co-construites avec la société.

Par exemple ?

Eh bien justement personne n’a d’exemple précis! Tout ça reste hypothétique, théorique... et pour l’instant on ne voit pas ce qui pourrait drastiquement réduire les inégalités réelles ou ressenties, sans aboutir à un changement de cap. En réalité tout à l’air de se passer comme si Emmanuel Macron avait intégré cette vérité : les Français sont satisfaits du grand débat mais ne sont pas dupes sur l’issue. Une note de la fondation Jean Jaurès et de la Revue Civique vient confirmer cette analyse. On y lit que 71% des Français trouvent que le Grand débat est bienvenu, nécessaire, mais ils sont autant à estimer qu’il s’agit surtout d’un moyen de communication pour le pouvoir. Quand même, au total,  49% considèrent que la démocratie fonctionne bien. C’est 9 points de plus qu’en septembre. Les Français ont donc le sentiment d’être entendus avec le Grand débat. Mais à l’issue, auront-ils le sentiment d’avoir été écoutés ? Le président, qui donc veut faire durer la période de l’escalier, a dit que cette expérience démocratique est peut-être plus fondatrice encore qu’une campagne présidentielle. Sauf que là, il sera le seul à être jugé à la fin. Son entourage parle de ‘réinitialisation’ du quinquennat. Résumons : Emmanuel Macron a quelques mois pour, sinon changer de cap,  au moins inventer une nouvelle forme de gouvernance. Ce qui veut dire, finalement, tenir sa promesse de campagne qui consistait, certes, à changer les responsables politiques (ça c’est fait !) mais surtout à changer la pratique politique elle-même. Ça ce n’est pas fait !

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