Ouverture aujourd'hui à Paris du 89ème Congrès de l'association des Maires de France, avec un discours d'inauguration du président de la république Jacques Chirac. 10 à 15000 maires devraient se retrouver Porte de Versailles et la plupart des présidentiables pourraient s'y montrer pour prendre le pouls des élus de terrain. L'occasion aussi de découvrir une autre façon de faire de la politique. A Paris de quoi parle-t-on quand on évoque des élus, et surtout de quoi les élus parlent-ils entre eux ? De la dernière petite phrase de Michèle Alliot-Marie sur Nicolas Sarkozy. De Ségolène Royal qui tarde décidément à répondre aux coups de fils de félicitations de ses deux ex concurrents. De la probabilité infime, pour que Jacques Chirac, au bout du compte se représente l'an prochain. Et ailleurs ? Et bien il y a juste 36000 maires moins epsilon, qui bossent! Au Château d'eau de Toulouse, qui est une galerie photo, le photographe Dominique Delpoux expose actuellement une série de dyptiques sur les maires du Lot et Garonne. A Gauche, un cliché de l'édile de Parenquet, Saint-Sauveur ou Monflanquin, l'écharpe tricolore en bandoulière dans sa mairie, on aperçoit parfois la photo de Jacques Chirac punaisée sur le mur d'en face, on voit la vieille chaise des années 50 qui sert aux visiteurs, le dénuement souvent de la maison commune de ces petits bourgs. A Droite, le même maire photographié dans son milieu naturel entre guillemets, professionnel ou personnel. Monsieur le maire en civil, sur son tracteur, au milieu de son champ, en robe d'avocat c'est son métier parfois, ou dans son intérieur douillet, son chien sur ses genoux. Ces maires, ruraux mais on pourrait prendre les mêmes photos dans les petites villes ou en banlieue, ce sont aujourd'hui les seuls élus de la république aimés des Français. Les sondages se succèdent et se ressemblent; le jugement sur les hommes politiques tutoie régulièrement les abîmes, Alain Juppé affirme dans son dernier livre que les politiques sont souvent placés juste avant les prostitués par les Français; mais les maires échappent eux à la vindicte publique. Un sondage Sofrès l'an dernier montrait que les citoyens étaient 72% à faire confiance aux maires, 9% seulement aux ministres. Pourquoi ? Proximité et humanité répondent les intéressés. Un maire, surtout dans les petites communes, majoritaires en france, connait tous ses concitoyens et sait tout d'eux. Problème d'emploi, de logement, bisbilles de voisinage ou affaire de coeur, le maire marie les parents, a un oeil sur les enfants qui grandissent, et si par malheur, un accident vient frapper l'un d'eux, il est souvent le premier sur les lieux à devoir ensuite, alerter la famille. Quand l'état est loin, quand l'état devient impuissant, que reste-t-il ? Et bien la proximité et l'humanité. On a re découvert les maires de banlieue à l'automne dernier quand les quartiers se sont embrasés. Ils étaient souvent bien seuls à tenter de maintenir un lien social dans ces cités maltraitées. Le maire, dernier service public quand l'état a déserté. Mais voilà aujourd'hui, les maires, mal payés et toujours disponibles, sont fatigués. Ils sont au contact de tout, mais responsables de quoi ? Que peuvent-ils contre le chômage, contre les plans de licenciements massifs, contre le manque chronique de logements bon marché, que peuvent-ils contre le communautarisme et d'abord celui de la misère qui s'installe dans leurs quartiers ? Et même en matière d'insécurité; le projet de loi de prévention de la délinquance de Nicolas Sarkozy les met en première ligne, mais certains se demandent s'ils ont vraiment envie de devenir des "maires fouettards". Alors souvent de retour à l'assemblée nationale le mardi, les députés maires, et oui il y en a qui cumulent, des députés maires de gauche comme de droite ont un peu de mal à s'acclimater. Ce matin, à la réunion du groupe UMP ça pourrait castagner entre Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy. A la réunion du groupe socialiste, ça pourrait se pousser du coude autour de la nouvelle candidate. Mais eux le mardi matin ont encore en tête la précarité qui grandit, la misère sociale qui sévit et leurs manque de moyens pour répondre à tout ça. Et ils se disent qu'ils ont juste une autre façon de faire de la politique.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.