Au 7ème jour de grève, Nicolas Sarkozy est finalement intervenu. C'était hier devant l'association des maires de France. Et c'était du Sarkozy ! Celui qu'on connait et qu'on avait perdu de vue depuis le début du conflit. On finissait par s'inquiéter, les journaux titraient "Disparu ?" (point d'interrogation), ses conseillers promettaient une sortie présidentielle pour l'après négociation, après donc le rendez-vous d'aujourd'hui entre syndicats, direction des entreprises publiques et gouvernement. Vous verrez il sera "créatif" prédisaient-ils. Bon, et bien, il n'y a pas tenu, Nicolas Sarkozy est sorti de son mutisme avant l'heure, prenant tout le monde à contre pied, il adore ça. Créatif oui, peut être, enfin, en tout cas, il a surtout fait effectivement du Sarkozy. Renouant d'abord avec le fil de sa campagne, ses accents, six mois à l'Elysée, et Blum et Jaurès, les héros de mai dernier s'étaient volatilisés... et bien hier, appelé à la rescousse, le leader communiste Maurice Thorez : "Il faut savoir terminer une grève lorsque s'ouvre le temps de la discussion" a dit le président à la tribune, quand le leader communiste en 36 terminait lui son adresse par : "quand on a obtenu satisfaction". Nuance. Renouant avec les mots de sa campagne : rupture avait-il promis au printemps dernier : "Cette rupture, j'ai reçu mandat du peuple français de l'accomplir, je le ferai" s'est-il ré-engagé. Renouant avec sa posture de candidat : "notre pays doit changer pour échapper au déclin, personne n'a rien fait depuis 20 ans. J'accomplirai les réformes. On ne cèdera pas, on ne reculera pas." Bon. Fermeté, maintien du cap, Nicolas Sarkozy a indubitablement fait du contre Chirac, du Chirac 95 au chirac 2006, jusqu'à sa dernière reculade sur le CPE. Le nouveau président a été beaucoup plus clair. "Je continue" a-t-il martelé sur tous les tons. Et il a de fait sans doute rassuré ses élus et ses électeurs qui commençaient à s'inquiéter d'un éventuel fléchissement de sa part. Il a sans doute aussi sauvé d'une certaine façon la suite de son quinquennat, mollir aujourd'hui, c'était évidemment s'affaiblir pour toute la durée de la législature. Pour autant, a-t-il contribué à débloquer la situation ? C'est quand même ça l'objectif ! C'est le pari qu'il a fait en accentuant la pression sur les grévistes à quelques heures de l'ouverture des négociations. On verra d'ici la fin de la journée s'il a gagné ou non son pari. Reste que si le ton a changé, Nicolas Sarkozy n'a pas renoncé aux vieilles ficelles, quoi qu'il en dise. Brossant dans le sens du poil l'immense majorité des cheminots, gaziers, électriciens de France et fonctionnaires, héritiers d'une histoire, d'une culture mais qui eux font bien leur travail. En clair, qui travaillent et ne font pas grève. Et fustigeant la minorité, très minoritaire, a précisé le président, de grévistes donc, "qui ne saurait imposer sa loi, fusse par la violence". Peut-être, sauf que les règles de la démocratie sociale n'impliquent pas, comme celles de la démocratie politique, que la minorité justement se range à l'avis de la majorité. Vieilles ficelles aussi parfois dans les mots malheureux utilisés. Les usagers des transports publics sont sans doute fatigués, essorés, parfois excédés par les conséquences de la grève sur leur vie quotidienne. Sont-ils pour autant "pris en otage" par les grévistes ? Franchement, le jour où le président recevait à l'Elysée, la famille d'Ingrid Bétancourt, il aurait vraiment pu se passer d'user et d'abuser à son tour, de ce poncif sémantique déplacé en l'occurrence.

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