La Garde des Sceaux, Rachida Dati, a perdu la confiance de l'ensemble de l'appareil judiciaire - elle n'est plus en cour à l'Elysée. Est-ce une situation tenable ? Son sort place Vendôme ne dépend que de Nicolas Sarkozy. Et si Rachida Dati doit quitter ses fonctions, on imagine mal que cela puisse se faire avant la grande valse gouvernementale officieusement prévue en début d'année prochaine, même si le Président est maintenant convaincu d'avoir fait une incommensurable erreur de casting. La majorité est divisée sur le sort qu'il convient de réserver à Rachida Dati.Toute une partie de l'UMP et du gouvernement n'attend que son renvoi, mais une autre partie a bien conscience que sa chute serait l'aveu d'un échec cinglant pour Nicolas Sarkozy. Ceux-là font tout pour la soutenir à bout de bras. C'est comme ça qu'on en arrive à cet épisode grotesque, révélé par le site de l'Express, l'épisode de la bague à plus de 15.000 euros effacée du doigt de la ministre sur une photo à la Une du Figaro d'avant-hier. Le bijou honteux photoshopé, victime de l'épuration bling-bling comme un vulgaire opposant à Staline sur les photos retouchées du Kominterm à la fin des années trente. Car Rachida Dati est aussi un personnage d'une période que la sarkozie veut oublier (pas celle du Kominterm) la période bling-bling des années Cécilia. La pétition de défiance signée par 534 magistrats majoritairement non syndiqués tombe à pic pour les anti-Dati de l'Elysée. De toute façon, dans les faits, Rachida Dati n'est plus ministre de la justice, ce rôle est entièrement tenu par Patrick Ouard, le conseiller pour les questions de justice du Président. C'est un formidable gâchis car d'un point de vue symbolique, donc politique, Nicolas Sarkozy avait réussi un joli coup doublé d'une avancée remarquable dans le domaine de la diversité au sommet de l'Etat. Mais ce n'est pas la bonne personne, c'est tout. Pourtant, elle reste plutôt populaire. C'est l'une des ministres préférées des Français. Comme si dans sa fonction, non pas de ministre de la justice mais de ministre du symbole, Rachida Dati tenait toujours son rang. D'ailleurs, elle accroit son domaine symbolique en étant maintenant l'incarnation de la maternité moderne. Ce cumul de fonction symbolique est une occupation à plein temps et une rente pour la presse people dont les patrons vous diront qu'elle est l'une des figures politiques qui fait le plus vendre. Elle pourrait être ministre d'Etat en charge de la météo que ça ne changerait absolument rien. Rachida Dati est la personnification jusqu'à l'absurde du storytelling, la théorie communication politique qui fait fureur en ce moment. Le storytelling est né aux Etats-Unis dans les années 90. Ça consiste à scénariser la vie politique, à faire de chaque homme ou femme politique un héro de sa propre histoire qui doit entrer en résonnance avec chacun d'entre nous. Vous aurez remarqué que lorsque l'on parle de Rachida Dati on vante toujours son « parcours ». Son « parcours », c'est-à-dire son histoire ! Chaque Français maintenant connaît le « parcours » de Rachida Dati. Qui sait exactement quelles sont ses opinions ? Elle est à l'UMP soit ! Est-elle plutôt libérale ? Sociale ? Ces questions, on ne les pose pas à Rachida Dati, pourquoi les poser à un symbole, à une vitrine ? La situation n'est pas du tout la même, par exemple, pour Fadella Amara ou Rama Yade. Elles sont aussi symboliques du renouveau, de la féminité et de la diversité en politique mais, la première incarne un combat, la seconde est compétente et elle est devenue très politique, voire parfois politicienne. Elle a su se banaliser. Rama Yade le dit souvent, elle ne supporte plus qu'on lui demande quel est son « parcours ». Rachida Dati, en revanche n'a plus que ça...

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