José Luis Zapatero, battu hier en Espagne, aura exercé en France, une certaine fascination sur une bonne partie de la classe politique…

Oui il aura longtemps été le symbole de la vitalité de la démocratie espagnole, de sa capacité, notamment à renouveler son personnel politique. José Luis Rodriguez Zapatero, député socialiste arrivé au pouvoir à Madrid à 43 ans, l’âge où les socialistes Français ont encore l’air de sortir du MJS ou de l’UNEF… sans aucune expérience ministérielle, Zapatero n’a pas été présenté, pour autant, dans son pays, lorsqu’il a créé la surprise en l’emportant, comme un novice qui n’aurait pas l’envergure pour figurer parmi les grands de ce monde. Ça semblait impossible chez nous où l’âge de raison politique se situait aux alentours de 50 ans. La victoire rafraichissante de Zapatero avait donné un coup de vieux à notre classe politique de l’époque qui, déjà, était assez fripée. En France pour être un candidat crédible, il fallait (cette exigence est encore vivace) avoir déjà échoué à la présidentielle au moins deux fois, il fallait avoir été ministre régalien, il fallait avoir traversé quelques déserts, il fallait avoir trahi et avoir été trahi, être couturé, avoir été détesté, poursuivi par les juges et en avoir réchappé. Il fallait renaître de ses cendres et prouver qu’on avait le cuire tanné et épais.

Bref, on arrivait à l’Elysée, éreinté…

Oui, jusqu'à la finale de la présidentielle de 2007, qui, a enfin vu s’opposer deux primo candidats : Sarkozy et Royal, se présentaient pour la première fois à la présidentielle. C’est Zapatero qui a donné de l’élan à Ségolène Royal. En 2004 quand elle l’emporte en Poitou-Charentes, elle devient une star, certains lui prédisent un avenir élyséen. On la surnomme alors la « Zapatera ». A l’époque, après quatorze ans d’un Mitterrand arrivé au pouvoir à 65 ans et neuf ans d’un Chirac entré à l’Elysée à 63 ans…on avait besoin de ce bain de jouvence. Zapatero épatait ! Les leaders du PS avaient des airs de couguars en allant se faire photographier avec le jeune héros de la sociale démocratie européenne. Et puis, si sur les questions de société, Zapatero a accompagné la modernisation de son pays, sur le plan économique et social, la rupture avec le libéralisme ambiant des années Aznar ne s’est pas faite. Et là, c’est pour Nicolas Sarkozy qu’il est alors devenu un modèle. La « France des propriétaires » qu’il prônait en 2007 avait l’Espagne comme référence. Nicolas Sarkozy voulait s’inspirer de la politique du crédit facile, en vigueur en Espagne, il admirait le boom de l’immobilier et du BTP, la vitalité économique… Avant que le miracle n’apparaisse comme un mirage, Nicolas Sarkozy utilisait le cas Zapatero pour ringardiser la gauche française. Il vantait la réforme des retraites, la croissance espagnole, la règle d’or, le social libéralisme. Erreur d’analyse ! Si l’Espagne subie la crise de plein fouet aujourd’hui, c’est surtout à cause de cette croissance basée sur une forme libéralisme effréné et sur la bulle immobilière. Finalement, la chance de Nicolas Sarkozy, c’est de n’avoir pas eu le temps, avant l’éclatement de la crise en 2008… d’appliquer ces brillantes solutions en France.

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