François Hollande a donc surpris en reconnaissant une « liberté de conscience » aux maires qui refuseraient de célébrer un mariage homosexuel.

Oui, nous voilà au plein cœur du dilemme typiquement hollandien : comment apaiser, reformer sans brusquer sans pour autant donner le sentiment qu’on en rabat sur ses convictions à la première résistance ? François Hollande, s’exprimant devant l’association des maires de France, dit ceci : « les maires auront, si la loi est votée, à la faire appliquer mais des possibilités de délégation existent, elles peuvent être élargies ». François Hollande fait donc un geste politique en reconnaissant aux maires récalcitrants le droit de ne pas marier eux-mêmes des couples homosexuels. On peut déjà se demander quelle est l’utilité de cette déclaration puisque c’est ce qui se serait passé de toute façon, sans qu’il soit nécessaire de reconnaître explicitement une liberté de « conscience des édiles », notion éminemment glissante et constitutionnellement douteuse. Lors du débat télévisée Copé/Fillon, nous en avions eu d’ailleurs l’illustration. Jean-François Copé avait dit qu’il demanderait à un adjoint de marier les couples homosexuels qui se présenteraient à Meaux et François Fillon avait dit qu’il appliquerait strictement la loi (s’il était maire) et qu’il ne refuserait pas de marier lui-même un couple de même sexe malgré son opposition au texte. Un maire peut donc toujours se débrouiller pour ne pas célébrer lui-même un mariage. Bruno Leroux, le président des députés socialistes, qui tentait de dédramatiser, expliquait, hier sur Twitter, qu’on pouvait comprendre, par exemple, un maire qui refuse de marier son ex-femme avec l’amant de celle-ci… soit ! Mais François Hollande va plus loin en proposant d’élargir la possibilité de délégation. A l’Elysée, hier soir d’où l’on s’appliquait à déminer cette affaire, en expliquait (ouf !) que la liberté de conscience des maires ne serait pas inscrite dans la loi, on précisait que le Président envisage d’assouplir les possibilités de délégation pour que n’importe quel membre du conseil municipal puisse célébrer des mariages et non pas simplement les adjoints. Le but étant que dans toutes les mairies, on puisse trouver un élu acceptant de marier un couple homosexuel.

Mais cette déclaration du Président crée beaucoup d’interrogations et d’incompréhensions !

Oui, c’est le type même de petit ingrédient en trop. Il n’était pas prévu dans la recette mais on veut l’ajouter, au dernier moment… on n’avait pas conscience qu’il pouvait faire tourner la sauce par réaction chimique en chaîne ! On y est ! Généralement, en politique ça se traduit par une série de « mais alors » dévastateurs … « mais alors » si un maire ne veut pas marier un couple mixte parce qu’il est raciste, il va pouvoir le dire et demander à un autre de le faire pour lui ? « Mais alors » si dans une petite commune on ne trouve personne pour accepter de célébrer le mariage, comment fait-on ? Le maire sera placé dans une situation d’inégalité par rapport à ses confrères des grandes villes ? « Mais alors » si l’on étend la possibilité de célébrer les mariages à tous les conseillers municipaux, on va pouvoir choisir la couleur politique de l’élu qui nous marie ? Et chaque « mais alors », en entraîne bien d’autres qui divertissent du sujet principal et créent un trouble politique… « Mais alors » cette déclaration du Président était une grosse bourde politique ? À l’évidence oui !

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