La question inévitable après chaque grande victoire des bleus : ce succès peut-il avoir un effet sur la morosité ambiante… ?

Sans doute mais c’est indéfinissable et pas mesurable. Les bleus ont été parfaits pour tout le monde sauf pour ceux qui se nourrissent du « déclinisme » et s’y complaisent. L’équipe de France a gagné de belle manière répandant de la bonne humeur dans bien des foyers. Les joueurs ont chanté la Marseillaise rassurant les grincheux cocardiers. Ces sales gosses ont cloué le bec –momentanément- de ceux qui pensent que l’identité de la France a plus à voir avec la couleur de la peau qu’avec la couleur du maillot et ils ont surtout réactivé des vieilles maximes positives ; « impossible n’est pas Français », « l’union fait la force », « il ne faut jamais rien lâcher » qui viennent en contrepoint d’autres slogans, poncifs négatifs, qui envahissaient les unes des journaux et les conversations ces dernières années : « la France est bloquée, sclérosée, la solidarité se perd… rien n’est possible dans ce pays qui se disloque ». Ces deux manières de voir les choses sont bien sûr excessives mais la façon dont nous parlons de nous, dont nous nous aimons nous-mêmes ne peut pas ne pas avoir d’influence sur notre moral collectif. D’ailleurs François Hollande, dans les tribunes du stade de France, a tenté d'en tirer des généralités. Avec des doubles sens politiques récupérateurs un peu lourdauds mais de bonne guerre, et aussi la tentative bienvenue de nous définir, de souligner quelques uns de nos charmes particuliers, ceux d’une nation imprévisible « C'est souvent le cas en France, ‘disait-il’, on ne prend pas le chemin le plus direct. Mais le principal, c'est d'y arriver ".

De la à renverser la tendance à la morosité ambiante !

Bien sûr et ce n’est pas la victoire des Bleus de 98 qui est à l’origine de l’excédent commercial des premières années 2000, des succès de ce que l’on appelait à l’époque la « nouvelle économie ». Mais le climat général, le mood politique (notion assez nébuleuse) peut changer par le caractère fédérateur d’un événement, par la charge symbolique qu’il charrie. C’est Gustave Le Bon, anthropologue et sociologue, qui a théorisé la psychologie des foules. C’était à la fin du XIXème siècle… il écrivait « Des milliers d’individus séparés peuvent à certains moments, sous l’influence de certaines émotions violentes, (un grand événement national par exemple) acquérir les caractères d’une foule psychologique.. » Tous ceux qui ont étudié ces phénomènes de psychologie de foule, ou du comportement des masses par la suite, notamment avec, comme donnée supplémentaire, l’essor et la puissance de la médiatisation apparue depuis, se référent à Gustave Le Bon qui, le premier, a expliqué que le corps social pouvait réagir comme un individu dans certaines circonstances. Il n’est pas sûr qu’une victoire sportive comme celle d’avant-hier soit de nature à déclencher les mécanismes décrits par Le Bon… même si l’on admet que, comme il le dit par ailleurs « l’on domine plus facilement les peuples en excitant leurs passions qu’en s’occupant de leurs intérêts »… Le foot, et la ferveur que peut déclencher ce sport, reste de la passion de surface qui n’effacera pas les difficultés sociales ou les inquiétudes identitaires qui plombent l’ambiance du pays depuis des années. Il n’est pas certain que la passion du maillot bleu soit plus déterminante que les intérêts des bonnets rouges et autre mécontents, dans l’état d’esprit du pays…

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