Vous revenez sur la violente controverse qui oppose Médiapart à Charlie Hebdo… de plus en plus de voix s’élèvent pour que le président s’exprime…

Oui, rappelons d’abord le cadre de cette polémique qui n’en finit pas ! Il s’agit d’une Une de Charlie. Edwy Plenel, le patron de Médiapart y était caricaturé, yeux et oreilles volontairement bouchés par ses célèbres moustaches (alors qu’il est à la tête d’un site d’investigation) au sujet des violences sexuelles de Tarik Ramadan. Tarik Ramadan avec lequel, par ailleurs, il entretient un dialogue intellectuel qu’il pensait constructif. Il s’agit d’une caricature qui comprend, c’est la loi du genre, son lot d’exagérations, de moqueries et en l’occurrence d’injustices. Il est étonnant que l’on puisse reprocher à Charlie, s’agissant d’un journaliste, ce qu’on ne lui reprocherait pas s’agissant d’un politique. Les mots de cette polémique ont été trop loin. Edwy Plenel accusait Charlie de participer à une guerre contre les musulmans, jugement irresponsable au regard de la menace qui pèse sur cette rédaction déjà massacrée. Emmanuel Macron doit-il dire ce qu’il pense de cette polémique ? Il a exprimé ses vues sur la laïcité à plusieurs reprises mais elles ne constituent pas le cœur de son identité politique. Hier, dans le Monde, Aurélien Taché, député macronien, en service commandé par l’Elysée, disait ceci : face au fait religieux, « l’Etat doit se mettre en position d’abstention et d’agnosticisme institutionnel ». Une position qui ne dit rien de ce que pense le président sur la polémique.

Est-ce problématique ?

Non ! Pourquoi Emmanuel Macron devrait se mêler d’une polémique simplement médiatique ? Enfin, un peu plus que médiatique, à vrai dire, depuis que Manuel Valls a décidé d’y prendre part, avec une surprenante violence verbale. Il ne s’agit pas là de rappeler les règles de la laïcité. Il ne s’agit pas d’un débat sur le respect ou non d’une croyance et d’une pratique religieuses mais d’un débat politique sur l’islam politique. Il s’agit surtout, beaucoup plus basiquement, de faire respecter
le droit de critiquer les penseurs, tartuffes ou théoriciens aussi religieux que politiques. Il s’agit de faire respecter le droit à un journal athée, de railler l’obscurantisme, de combattre éditorialement l’islam-politique, dans une tradition anar et anticléricale, anti-patriarcale, anti-machiste (qui est celle de Charlie depuis toujours et que l’on semble oublier) sans se faire traiter d’islamophobe, au sens raciste. Attend-t-on donc vraiment le président sur la laïcité, avec une définition forcément très large et consensuelle pour apaiser la polémique ? La réponse est dans la question… Dans cette polémique, le dos à dos n’est pas possible et ce n’est pas au président de l’arbitrer. Il faut réaffirmer des droits qu’une partie de la gauche semble avoir oubliés : le droit au blasphème, à la grivoiserie anticléricale, à la libre pensée tapageuse, à l’athéisme rigolard, à la dénonciation de la superstition religieuse et de la bigoterie sexiste ! Cette liberté –d’abord de rire- peut paraître légère. Elle est en fait fondamentale. Et c’est parce qu’ils la défendaient que sont morts nos amis de Charlie… et parce qu’ils continuent à le faire qu’ils sont toujours menacés.

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