Ce matin les Gilets jaunes et les médias...

Et cette double accusation de complaisance depuis le début du mouvement : 1/ les médias auraient accompagné, voire encouragé la mobilisation... 2/ ils seraient particulièrement indulgents face au bilan de ces quelques jours de blocages ! La 1ère impression (l’accompagnement médiatique) peut se comprendre. Il y a une colère dans le pays autour du pouvoir d’achat et une puissante défiance envers le président. Comprendre pourquoi est un réflexe journalistique de base. Des vidéos d’inconnus postées sur les réseaux sociaux réalisent des centaines de milliers de vues. Il se passe donc quelque chose et les medias classiques, que l’on appelait autrefois les ‘médias de masse’, sont attentifs au pouls de la société. Ils sont souvent accusés de n’être plus en phase avec la réalité sociale du pays, accusés depuis le 21 avril 2002 et le Non au référendum de 2005, de n’avoir pas vu venir le Brexit, les vagues populistes dans le monde, la vague ‘dégagiste’ en France ni même le phénomène Macron. Ils sont (ces médias qui ont intégré la critique plus ou moins justifiée) aux aguets dès que ce que l’on appelle ‘le peuple invisible’, celui qui n’a pas l’habitude de manifester et qui souffre sous les radars, décide de se mettre en branle. 

La large couverture des préparatifs du 17 novembre était donc justifiée selon vous ?

Oui plutôt. Même si les journalistes ne sont pas toujours bien accueillis (loin de là) par les manifestants sur les barrages… Il ne faut pas confondre le fait de donner largement la parole pour comprendre un mal-être dans le cadre d’une nouvelle forme d’action avec validation de tout ce qui est dit et fait. C’est vrai, les chaines tout-infos deviennent alors un peu monothématiques. Mais cette couverture massive révèle aussi les dérapages, incohérences, mensonges, violences, parfois même le racisme, engendrés par certains Gilets jaunes. Dans un 2ème temps, au vu du bilan humain et des violences, il apparaît que les Gilets Jaunes bénéficient, c’est vrai, d’une mansuétude de fait de la part des médias. Ce mouvement est tellement divers et éparpillé que, par rapport à un blocage classique ou à une fin de manifestation qui tournerait mal, la couverture de faits répréhensibles ou choquants est plus compliquée. Prenons ce bilan : un mort direct, 2 autres indirects, des centaines de blessés dont certains graves, même parmi les forces de l’ordre ; de nombreux dégâts, comme un péage vandalisé, un conseil régional envahi, des slogans d’une rare violence ! Imaginez l’indignation générale après un tel bilan à l’issue d’une manifestation d’étudiants, de zadistes ou de la CGT ? Imaginez les réactions si ce spectacle avait été le fait de jeunes de banlieues ? Le couvre-feu serait déjà déclaré comme en 2005 ! La mansuétude est surtout due aux politiques. LFI, qui accompagne ce mouvement, est bien discrète à propos des dérives racistes parfois observées, la droite ne dit rien des boules de pétanque lancées sur la police sans répliques de flash-ball, ni des fameuses ‘prises d’otages d’usagers’ qu’elle est toujours prompte à dénoncer. Dans sa forme, sa couverture médiatique ou les réactions qu’il suscite, décidément, ce mouvement est inédit...

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