Plusieurs communes de Seine-Saint-Denis ont d’abord décidé de bannir ‘J’accuse’, de Roman Polanski, avant de se raviser...

Est Ensemble est une structure intercommunale de la taille (en population) de Nantes, 420.000 habitants, qui regroupe 9 villes de l’Est parisien dont Bagnolet et Montreuil. Donc, l’équivalent de la 6 ou 7ème ville française a envisagé de déprogrammer un film dans ses 6 cinémas publics! On en est là ! Des responsables politiques qui interdisent un film choisi par leurs directeurs de salles. Sans même parler du film ni de l’auteur... le simple fait, que pendant toute une soirée, sous l’impulsion du maire des Lilas et de la maire de Bondy, d’autres élus aient eu l’idée de censurer, aient plaidé pour déroger à la règle qu’Est Ensemble s’était fixé (règle basique : ne jamais interférer dans la programmation), ce simple fait en dit long sur la perte de substance politique d’une partie du personnel politique. Beaucoup d’élus, impressionnés par la démonstration de militantes féministes, venues en nombre à cette réunion, ont pensé que pour défendre une bonne cause, celle des femmes victimes de violence, il fallait flétrir une liberté. Faut-il que les notions d’état de droit soient à ce point en crise, que la justice ait à ce point failli à protéger les femmes de la violence ordinaire de certains hommes, pour en arriver à considérer qu’un film historique puisse, par un geste politique, être écarté des écrans ! Mais les autres maires ont réagi et Gérard Cosme, le président d’Est Ensemble, après réflexion, s’est opposé à l’interdiction. Finalement chaque séance sera suivie d’un court débat proposé aux spectateurs, sur le thème de la différentiation d’une œuvre et de son auteur. Vaste sujet philosophique !

Mais aller voir ou pas ce film est une vraie question que beaucoup de gens se posent...

Et qui divisent même les familles... surtout celles qui ont des adolescents (je parle d’expérience). Et c’est normal. La controverse (sans faire de parallèle abusif) peut traverser les familles, les consciences et même les individus. Mais pour exercer ce libre choix d’aller voir un film ou pas, de participer ou pas à son financement et à l’enrichissement de son auteur, gravement mis en cause pour des faits établis (mais prescrits), encore faut-il que le film soit diffusé. Or, si l’on considère qu’un film de la sorte est une œuvre collective, que son contenu, tiré d’un livre référence, est utile pour l’établissement d’une conscience et d’une mémoire communes sur notre passé, il n’y a aucune raison de l’interdire. Quand la société bouge plus vite que le droit, quand les représentants, puissants, d’un monde machiste qui s’en va, avec ses turpitudes, sont encore là, acteurs protégés de la société, il y a une période dangereuse, pleine de tentations de vengeances. Ce qui est effrayant, c’est que les réseaux sociaux offrent un cadre hors droit pour cette justice populaire. Il est donc urgent alors que les mentalités (notamment de la jeunesse) évoluent vite sur le sujet de la domination masculine, que le Grenelle du 25 novembre sur les violences faites aux femmes, débouche sur de vraies mesures audacieuses et rapidement effectives. 

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