Dimanche, c’est la finale de la coupe du monde de rugby et ça vous inspire une chronique politique…

Oui, parce que le rugby est un sport que les politiques devraient observer de près. Ce drôle de jeu a été inventé en 1823 dans un collège anglais de la petite ville de Rugby par William Webb Ellis qui s’est saisi, à la main, d’une balle de foot pour aller lui-même la porter dans l’embut. Le rugby est donc né d’une transgression, comme toutes les actions politiques décisives. Les qualités pour jouer au rugby sont celles dont on rêve pour la politique : il faut être courageux, collectif, loyal et ne pas avoir un égo surdimensionné. C’est un sport de combat, parfois brutal, mais qui demande un grand sens stratégique, il faut être malin mais pas trop retors. Savoir foncer dans le tas et parfois savoir éviter. Eviter, en rugby se dit « crocheter » ; François Hollande, par exemple, est un parfait crocheteur. Il lui faudrait peut-être apprendre à un peu plus rentrer dans le chou en vue de la finale. Nicolas Sarkozy, avec son physique et son énergie de demi de mêlée fougueux est encore un peu perso pour ce sport… Quand on porte la balle, au rugby c’est généralement pour essayer de fixer le plus d’adversaires sur soi afin d’offrir le ballon à un partenaire qui aura ainsi la voie plus libre. C’est pour lui que l’on aura avancé et mobilisé le plus possible la défense adverse. C’est plus qu’un sport collectif, c’est un sport altruiste.

L’individualisme ne paie pas en rugby.

Non, les avants doivent labourer le terrain (et parfois un peu l’adversaire) pour qu’enfin les arrières puissent faire du beau jeu en se passant la balle. A l’inverse de tous les autres sports collectifs, au rugby ce sont les arrières qui marquent le plus souvent! Vous remarquerez que les rares vedettes de l’histoire du rugby : Spanghero, Rive ou Chabal le sont plus par leur dégaine que par leurs performances. Il n’y a pas de stars dans le rugby tout simplement parce qu’il est très difficile de briller tous seul. Voilà en quoi la politique devrait s’inspirer du rugby… Mais il y a déjà des similitudes entre le rugby et la politique : par exemple cette capacité à organiser le pugila, qui peut être d’une rare violence, et à se pacifier tout de suite après le coup de sifflet final. On les voit, à la fin de chaque match, ces gaillards, la gueule ensanglantée et les oreilles en choux fleurs, faire des haies d’honneur à leurs adversaires en retournant au vestiaire. En politique, on retient souvent les vieilles rivalités mais en réalité, ces hommes et ces femmes qui s’entredéchirent savent mieux que d’autres passer outre, jeter « la rancune à la rivière » comme disait Giscard ; souvent, c’est vrai, c’est dans un intérêt bien compris mais quand même, la scène finale de la primaire socialiste dimanche dernier, pouvait ressembler aux images de fairplay du rugby. La volonté que manifeste régulièrement Nicolas Sarkozy en tentant de rattraper, comme il le peut, ceux qui l’ont sévèrement critiqués (Hulot, Borloo, Villepin, Morin la semaine dernière) rappelle cette capacité toute rugbystique à serrer la main de celui avec lequel on vient de s’échanger quelques marrons. Mais ceux qui devraient le plus s’inspirer du rugby ce sont les sympathisants et les militants. Regardez un stade de rugby. Les supporters de chaque camp se chambrent gentiment mais se mélangent allégrement dans les tribunes. Un combat dépassionné et passionnant, une joute pacifique… c’est le rugby….ce devrait ça aussi la politique.

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