Ce matin, vous évoquez le ton du débat politique des ces derniers jours…

Oui pour constater un « pétage » de plombs généralisé dans le monde politique. Je pense bien sûr d’abord à l’affaire Leonarda. C’est vrai que l’intervention télévisée de François Hollande n’était pas des plus habiles. Le président prend la parole à la télévision, de façon solennelle et se met quasiment dans une situation de dialogue avec une jeune fille de 15 ans qui a pu répondre « non » immédiatement, comme un chef d’Etat, sur les chaînes infos, à la proposition que lui faisait la France au plus haut niveau. Pour un président dont le problème d’image est lié au manque d’autorité, c’est assez fâcheux. Mais si ce n’est pas très malin en termes de communication, en quoi est-ce si monstrueux de proposer à une adolescente de 15 ans d’effectuer sa scolarité en France ? C’est une mesure exceptionnelle (proposée et non pas imposée) pour répondre à une situation donnée et à une émotion nationale, exacerbée par la sur médiatisation d’un cas particulier. Cette affaire a provoqué des réactions d’une violence inouïe. Ce matin on se demandait si François Hollande ne devrait pas être traîné devant le tribunal de La Haye en lisant la Une de L’Humanité : « le chantage inhumain de François Hollande » ! Ça vient aussi de la part de ceux qui sont d’ordinaire plutôt réfléchis et calmes dans leurs réactions. Ainsi, dans Le JDD , Bruno Lemaire parle de « honte », « d’institutions bafouées », « d’équilibre des pouvoirs mis en péril »… il réclame la démission du ministre de l’Intérieur. Plus tôt dans la semaine, concernant le non respect du principe de sanctuarisation de l’école, Bernard Roman, député socialiste du Nord, a même parlé de rafle !

Autre épisode au cours duquel les conventions habituelles de la vie politique ont sauté : la primaire socialiste de Marseille !

Il fallait vraiment, hier soir, en assistant au discours de Samia Ghali, se pincer pour se souvenir que nous avions à faire à une élection interne… une procédure démocratique destinée à départager des camarades d’un même parti ! Samia Ghali, qui rappelons-le est au pouvoir puisqu’

eElle est sénatrice de la majorité. Elle a voté toutes les lois (sauf celle sur la grande métropole de Marseille bien sûr). Elle a voté le budget de la France et pourtant Samia Ghali comporte comme une indépendantiste de sa ville, « victimisant » sa cité qui n’aurait pas reçu les subsides mérités à cause d’une caste de Parisiens décidés à punir Marseille. La sénatrice socialiste faisait huer le Président et le Premier ministre, chefs de sa majorité, ceux-là même qu’elle a contribué à mettre au pouvoir il y a un peu plus d’un an ! Le ton, les mots du débat politique semblent de plus en plus devoir se résumer à des aboiements populistes. Autre exemple, pour Jean-Luc Mélenchon, les communistes parisiens ne sont rien moins que des « traîtres » pour avoir décidés de s’allier avec Anne Hidalgo avec laquelle pourtant il gèrent Paris depuis des années ! Tout se passe comme si les responsables politiques avaient décidé, en masse, de se comporter en mégaphone. Ils réduisent leur ambition à relayer la colère de la population, à donner un visage et une expression au mécontentement et se disent qu’il faut sans doute crier plus fort, avoir l’air encore plus scandalisé que Marine Le Pen pour endiguer son irrémédiable progression. Pour l’instant, l’effet principal de ce que l’on croit être l’influence de Marine Le Pen sur le débat n’est pas tant l’emprise de ses idées que la fin de la nuance en politique.

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