Ce matin vous tentez d’analyser le « bougisme » de François Hollande

Oui, depuis quelques temps, le président apparaît là où on l’attend : à la Courneuve, dans des usines performantes et novatrices… et puis là où on ne l’attend pas : sur Gulli, la chaine pour enfants, dans le Chasseur Français, pour parler ruralité et offrir une chronique toute trouvée à Charline Vanhoenacker. Il enquille les interviews iconoclastes et les déplacements tous azimuts, dans un Zoo, une fabrique de madeleine, comme on coche les cases d’une « to do list » sur chargée, pensant ainsi agir rationnellement et efficacement. C’est d’un classique achevé, la version ‘inauguration de chrysanthèmes’ à l’ère du tout-infos. Ce n’est, en soi, ni critiquable ni admirable, ça paraît simplement dérisoire. Le rythme effréné fait bien sûr tout de suite penser à une campagne électorale. Alors le Président n’en est pas là. Il veut, pour l’instant (parce que c’est le préalable à l’idée même d’oser se représenter, vu le niveau de défiance auquel il se trouve), il veut, pour l’instant diffuser son message d’apaisement et d’optimisme. Message pour lequel, par ailleurs, peu d’indices économiques, sociaux et internationaux militent ! Il faut tout faire soi-même.

Mais N.Sarkozy aussi, quand il était président, avait eu sa période de bougisme.

Bougisme allègrement moqué, à l’époque par un F.Hollande qui y voyait de l’agitation. N.Sarkozy opérait un peu différemment. Il sautait sur les évènements d’actualité pour montrer qu’il s’occupait personnellement de tout. L’un de ses slogans de campagne de 2007, qui a bien caractérisé sa présidence, n’était-il pas « la rupture » ? Il s’agissait de la rupture avec l’immobilisme de l’époque Chirac. Pour rompre avec l’immobilisme… ben, il faut bouger. Mais le terme de rupture paraît aujourd’hui bien décalé par rapport aux maux d’une société qui a visiblement plus besoin d’être recousue. Le bougisme de Hollande est adapté à l’époque. Toujours est-il qu’en vertu de ce slogan de rupture et du caractère de Sarkozy, chaque déplacement était ponctué de mots forts, de transgressions dont le karcher de la Courneuve est devenu le symbole. Le bruyant bougisme Sarkosien est, en réalité, du même acabit que le lénifiant bougisme hollandais. Les deux hommes sentent, à un moment de leur mandat, qu’ils n’ont plus prise sur les débats et les sentiments qui traversent la société. Le rythme frénétique de l’actualité passée par Twiter ou BFM, finit par les happer. Ils ont comme un sentiment d’urgence « pourquoi, alors que je suis au sommet de la pyramide tout se passe sans que je n’y puisse rien ? » semblent-ils se dire. Au moment où les présidents Français de ce début de XXIème siècle s’aperçoivent, qu’en dehors de la maitrise de la politique étrangère et des opérations extérieurs, les manettes économiques et sociales, leur échappent, ils ont cette irrésistible envie de bouger. Le chômage ne baisse pas qu’est-ce qu’ont fait ? On va faire un déplacement pour dire qu’on s’en occupe ! Le mouvement perpétuel, le sautillement médiatique semble être les meilleurs palliatifs à l’impuissance présidentielle.

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