Un nouveau mot est apparu dans le vocabulaire politique, un mot qui fait fureur. Un mot barbare, compliqué, mais qui revient depuis plusieurs semaines dans toutes les conversations avec les entourages des candidats ou les experts en politologie. Par exemple, coup de fil à un proche de Ségolène Royal: "excusez-moi, mais je ne comprends pas, Ségolène Royal parle de désserer la contrainte de la carte scolaire. C'est de gauche ça ?" Et là, votre interlocuteur vous répond : "mais non, vous n'avez rien compris, elle fait de la triangulation." Voilà, le mot est lâché : TRIAN GU LA TION... A ne pas confondre avec strangulation, s'amuse un de ses spécialistes... quoique... Car le principe de la triangulation, c'est d'aller en terre ennemie chercher les points forts de l'adversaire, pour se les approprier. Ses adeptes sont convaincus qu'il n'y a plus de solution de droite, ni de solution de gauche, mais plus que des solutions efficaces. Pragmatisme absolu donc, sur fond de désidéologisation totale. A l'étranger, Bill Clinton, Tony Blair, et maintenant Hillary Clinton sont les champions de la triangulation. En France, ce sont Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Lorsqu'elle prône la "Valeur travail", qu'elle réclame "l'ordre juste", qu'elle propose de raccompagner à la frontière les délinquants étrangers arrivés depuis peu en France, lorsqu'elle affirme qu'il ne faut pas rester bloqué sur les 35H, ou qu'elle commence sa campagne sur les internats à encadrement militaire, Ségolène Royal est très loin des fondamentaux de gauche. Stratégie totalement assumée aussi chez Nicolas Sarkozy qui s'est promis d'aller chercher un par un les électeurs du FN et ceux de la gauche populaire. Résultat : il fait de la double triangulation. Une fois à gauche quand il dénonce les patrons voyous et la précarisation du salariat, une fois à la lisière de l'extrême droite lorsqu'il reprend presque mot pour mot un de ses slogans, "La France aimez la ou quittez la". Jusqu'à présent, ce concept de triangulation est plébiscité en France, via les candidats qui en usent. Il semble en adéquation avec le sentiment diffus des français que le vieux clivage gauche/droite est dépassé. Mais attention, cette stratégie peut aussi exploser en vol. A force de naviguer au gré du vent, au fil de l'opinion, le pragmatisme peut virer à l'incohérence et l'électorat être déboussolé. Cela a failli arriver à Nicolas Sarkozy lorsqu'il prônait d'un côté la lutte contre l'immigration clandestine et de l'autre, se prononçait pour le vote des étrangers; ses électeurs n'y ont rien compris. Il a rectifié le tir. Ségolène Royal doit elle aussi rester prudente. Une de ses modèles, Hillary Clinton, est peut-être en train de faire les frais de sa triangulation à outrance; en devenant plus bushienne que son modèle, celle qui aspire à faire campagne pour la Maison Blanche se trouve aujourd'hui mieux aimée des républicains que des démocrates. Et c'est pas comme ça qu'on se fait élire, ni aux Etats-Unis, ni en France.

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