**Les suicides à France Télécom ou les manifestations désespérées des producteurs de lait traduisent un profond malaise… La classe politique l’a-t-elle perçu, Thomas ?Oui. La crise a souligné un phénomène qui existait déjà depuis longtemps, depuis que la recherche de toujours plus de profits financiers à court terme a supplanté le souci de produire bien, d’accroitre le bien-être général. Ce constat devenu banal a été décrit par Viviane Forester, notamment dans son livre L’horreur économique. C’était en 1996- les réactions alors, particulièrement de ceux qui nous gouvernent aujourd’hui, étaient assez condescendantes. Ils estimaient qu’il émanait d’une gentille dame ignare de la chose économique. Aujourd’hui tout le monde convient que l’Horreur économique est une réalité. Les élus, de droite comme de gauche, qui sur le terrain sont témoins des absurdités broyeuses engendrées par le capitalisme financier ont changé de discours. Le Président, lui-même, qui pourtant depuis bien longtemps, de Neuilly à l’Elysée, est loin du terrain, perçoit cette réalité via les indicateurs sociaux et les études d’opinions qu’il reçoit quotidiennement. D’ailleurs son discours a changé radicalement. Donc oui, ils ont pris la mesure du problème. Et comment y répondent-ils ?Et bien pour l’instant surtout par des mots. Vous avez peut-être remarqué, il y a une phrase type qui revient dans tous les discours. « Il faut remettre l’homme au cœur de la politique, au cœur du projet ». Demandez aujourd’hui à un leader du PS ce qu’est être socialiste ? Il vous répondra : « c’est vouloir remettre l’homme au cœur de la politique ». Cette phrase est d’ailleurs quasiment un slogan pour les centristes. Jean-François Kahn ne peut pas commencer une tribune sans l’écrire. Nicolas Sarkozy a ressorti, la semaine dernière, sa « politique de civilisation » lancée en janvier 2008. La “politique de civilisation” disait-il, doit répondre aux questions suivantes, je cite : comment "remettre l'homme au cœur de la politique", "comment ré-humaniser la société" ? Cette préoccupation qui ressurgit n’est pas nouvelle. C’est un classique à gauche, c’est la raison d’être des démocrates chrétiens. On la retrouve aussi dans la fameuse « nouvelle société » de Jacques Chaban-Delmas à la fin des années 60’. Bref ce n’est pas nouveau mais ça revient en force ; Ces dernières années, le discours dominant -étiqueté moderne- disait en gros : « le monde change, sachons nous adapter, montons dans le train plutôt que de le regarder passer ». Aujourd’hui, l’urgence écologique et la crise financière nous montrent que le train allait dans la mauvaise direction. On est passé d’un discours d’adaptation à un discours de révolution. Mais, entre nous « remettre l’homme au cœur de la politique », c’est à la fois si vrai et si creux ! Et l’exigence induite par cette formule est immense. Dire ça, implique de prôner des solutions radicales, des changements complets. Le danger c’est que l’emphase du discours soit en décalage avec la réalité des possibilités ou du courage. On en a eu un parfait exemple avec le contraste entre le discours outré et révolté contre les rémunérations des traders et l’encadrement finalement à minimas des bonus. Une augmentation de 3 ou 4 centimes par litre d’essence est présentée par le Président comme une révolution copernicienne, l’équivalent de l’instauration du suffrage universel et par une partie de la gauche comme une injustice sociale insupportable ! Et l’on se dit que le fameux « retour du politique » tant proclamé passera d’abord par l’exigence d’une plus grande adéquation entre la force des mots et l’ampleur de l’action.**

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