Oui, je ne vous parle pas de la ligne 9 de métro, bien connu des franciliens... Non, République et Nation c’est un débat classique en France, un débat de deux siècles en passe d’être relancé. Vous avez remarqué que les socialistes se font, en ce moment les grands défenseurs de la république abimée. La « république abîmée » c’est d’ailleurs le thème de leurs journées parlementaires. La « république abîmée » c’est les atteintes à la séparation des pouvoirs, la circulaire du ministère de l’Intérieur qui faisait référence à un groupe ethnique et la surenchère sécuritaire de cet été. Mais c’est aussi une stratégie du PS pour parler au-delà de la gauche à tous les déçus du sarkozysme sans avoir besoin de se recentrer. La république, d’une certaine façon c’est l’ordre, le cadre rassurant de notre organisation. La politique étant aussi une guerre de mouvement, l’art d’occuper le territoire de l’autre, la gauche tente d’investir les contrées du parti de l’ordre. Parce que traditionnellement, la droite c’est l’ordre, et la gauche, le mouvement. Des dominantes identitaires qui ont leurs côtés négatifs. L’ordre, c’est aussi l’immobilisme, le contraire de la modernité. Le mouvement, ce peut être l’instabilité, l’incertitude. Ainsi, en 2007, Nicolas Sarkozy, représentant naturel du parti de l’ordre, s’est attelé à mettre en avant sa volonté de réforme (donc de mouvement) tout en fustigeant la « gauche conservatrice ». De son côté, et dans un mouvement symétrique, Ségolène Royal avait inventé la notion « d’ordre juste » pour amoindrir les mauvais aspects du parti du mouvement. Au passage, reconnaissons-lui ce flair politique : « l’ordre juste » aujourd’hui ferait un slogan adapté à la situation ! Parce que c’est quand même une impression de désordre qui domine dans l’exécutif en ce moment. La « chienlit » est au sommet de l’Etat, dit Dominique de Villepin. En apparaissant à l’Assemblée, ceints de leurs écharpes tricolores, la semaine dernière, les socialistes ont envahi le champ symbolique de la droite : l’ordre, certes l’ordre républicain mais l’ordre quand même. D’ailleurs SOS racisme a réuni ses sympathisants, ce week-end avec ce slogan : « touche pas à ma Nation ».Oui, et c’est là que ça se complique. Que la gauche se drape dans le tricolore de la république, soit. L’histoire de la gauche et celle de la république en France est peu ou prou la même. Que la gauche se transforme en soldats de l’an II et invoquent la nation comme l’a fait SOS racisme ou bien que des députés socialistes évoquent la « patrie » en danger après le pitoyable sommet de Bruxelles, ça commence à paraître déplacé. On peut soutenir que la république est abîmée mais dire que la nation est en danger, ça ne correspond à rien ! On comprend bien le souci de se réapproprier le mot de « nation », trop longtemps kidnappé par l’extrême droite, mais c’est un exercice scabreux ; la preuve, pour parler de nation sans se brûler la bouche, la gauche l’affuble d’adjectifs avantageux qui la rend politiquement comestible : « nation métissée, nation ouverte »... Il n’y a pas de pudeur à avoir, on peut très bien parler de nation sans risquer de verser dans le nationalisme, la France est une nation mais si l’on est obligé de qualifier la nation pour la rendre acceptable, autant en rester à la république. La nation est le siège de la République française, certes mais les fameuses valeurs de la république sont universelles et dépassent le cadre de la nation. D’ailleurs, c’est assez vexant mais c’est un fait, c’est hors du cadre national, par l’Europe que ces valeurs viennent de nous être rappelées, à l’occasion de l’affaire des Roms.

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