Retour sur les déclarations de François Bayrou, au micro de France Inter hier, à propos de valises de billets qui lui auraient été proposées et qu’il a vivement refusé .

Oui ce qui s’est passé hier était assez symptomatique d’un état d’esprit général du monde politique sur la corruption. On a pu remarquer que le président du Modem semblait étonné qu’on lui demande plus de précisions sur cet épisode, comme si, ce qu’il venait de nous avouer, était finalement assez banal et que l’on pouvait passer au sujet suivant… François Bayrou fait certainement partie de ces dirigeants politiques, pas si rares heureusement, qui refusent la corruption et qui ne considèrent pas que tous les moyens sont bons pour conquérir le pouvoir mais sa réaction, le fait de ne pas vouloir être plus précis sur l’identité de ses corrupteurs et d’assumer de ne pas les dénoncer à la justice, est le signe d’une banalisation, d’une acceptation par lassitude d’un état de corruption de notre vie politique. On entend beaucoup dans les commentaires un peu désabusés des : « Bah, ça s’est toujours fait »… Nous sommes comme des drogués et nous ne réagissons plus. De la même façon, Claude Guéant a pu, comme ça, sans s’apercevoir qu’il disait quelque chose d’extrêmement choquant : confirmer, sur RTL, que, oui, Robert Bourgi avait bien expliqué à Nicolas Sarkozy en 2005 son trafic d’argent sale en provenance d’Afrique. Et personne n’a demandé à Claude Guéant pourquoi le ministre de l’Intérieur d’alors n’a pas saisi la justice, pourquoi même il a fini par décorer le trafiquant déclaré. François Bayrou nous donnait l’impression, hier qu’il suffisait, pour être vertueux, de refuser d’être corrompu. Il semble quand même que l’on puisse attendre d’un responsable politique, non pas simplement qu’il refuse des valises de billets qu’on lui propose mais aussi dénonce sur le champ les corrupteurs qui se présentent à lui. C’est d’ailleurs la loi, l’article 40 du code de procédure pénale. Que les politiques ne soient pas corrompus c’est la moindre des choses, qu’ils luttent avec acharnement contre la corruption devrait aussi être un minimum.

« Les temps ont changé et ces pratiques n’ont plus cours », c’est ce que clament en cœur les responsables politiques.

On voudrait bien le croire… Mais pour être certain que les vertueux autoproclamés d’aujourd’hui ne se laisseront plus tenter, il faudrait tout simplement qu’ils adoptent quelques règles de transparence assez simples. Le mode d’emploi est prêt… ils n’ont plus qu’à signer. L’ONG Transparence Internationale leur a prémâché le travail. Cette organisation fait toute une série de propositions qu’elle soumet ces jours-ci aux candidats de 2012. Rien de révolutionnaire, des mesures de bons sens démocratique de base. L’instauration de vraies règles encadrant le lobbying, la création d’un poste de super procureur, indépendant du parquet, qui puisse instruire loin de toutes pressions du pouvoir. Une redéfinition de la notion de conflit d’intérêts, le non-cumul des mandats qui réduit automatiquement l’emprise de la corruption, l’inéligibilité de dix ans pour tout élu corrompu. Il ne faut pas désespérer du personnel politique et céder au « tous pourris ». C’est vrai qu’une nouvelle génération de politiques semble réellement vouloir tourner la page de la corruption, à droite comme à gauche. En 2007 on pouvait croire, à entendre le discours de campagne de Nicolas Sarkozy que ce temps était venu. Eh bien non, il faudra encore attendre une autre génération !

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