Ce matin, réponse aux accusations de Michel Onfray contre le service public audiovisuel.

Oui, selon le philosophe, nous serions la cléricature d’une gauche ou d’une droite libérale, fossoyeurs de la liberté de critiquer le système. M.Onfray se pose en victime de l’audio-visuel public, tenu par des bobos déconnectés. C’est nous. Il s’affirme de gauche, de la vraie gauche, en fait de plein de gauches à la fois : de la gauche de 1981 dit-il. Ou « socialiste libertaire », ou alors il défend le souverainisme. Pour un libertaire, c’est assez acrobatique mais comme tout ça est purement théorique, la contradiction ne saute pas aux yeux… Surtout, il conspue le « politiquement correct ». Ce terme vague et stigmatisant lui permet de se présenter en victime des médias, publics en particulier ! Pourtant, M.Onfray y est souvent invité. Il vient ou il ne vient pas mais rappelons qu’il fait quand même un peu partie de la maison ! Il a une chronique sur France Culture, ses conférences (souvent passionnantes et érudites) de l’Université Populaire de Caen sont, des heures durant, diffusées sur cette même chaîne. Le philosophe a aussi la faveur des hebdos ! Il a son couvert au Point dont il apparaît à la Une très régulièrement, entre le salaire des cadres et les derniers conseils en matière d’immobilier, sous l’égide du transgressif FOG. Il a d’ailleurs récemment participé à la rédaction de tout un numéro agiographique de ce magazine subventionné qui lui était consacré. Du jamais vu ! Il donne une longue interview au Figaro, Libération lui répond en le citant largement. Le premier journal doit tirer deux fois plus que le deuxième, mais Onfray, (qui avoue n’avoir pas lu la réponse de Libé ) la qualifie quand même de haineuse. Un autre hebdomadaire subventionné, Marianne (dirigé, bien sûr, non pas par des bobos déconnectés, mais par des prolétaires oubliés aux mains calleuses), va jusqu’à louer une salle de meeting pour lui permettre de répondre à des censeurs. Comme victime d’ostracisme, il est aussi crédible que Bernard Tapie criant famine dans l’affaire Crédit Lyonnais.

En réalité, ce qu’Onfray ne supporte pas, c’est que l’on dise qu’il fait le jeu du FN.

Et là il a raison (même s’il fait exactement la même chose avec ceux qui ne pensent pas comme lui)… il a raison parce que « Faire le jeu du FN » est devenu un anathème reflexe qui recouvre tout et n’importe quoi. Vous défendez l’accueil des réfugiés, vous faites le jeu du FN, vous dites attention ma ville est déjà trop pauvre, je ne peux pas en accueillir, vous faites le jeu du FN. En réalité, l’hystérie ambiante du débat public fait le jeu du FN…dire que tout fait le jeu du FN … fait aussi le jeu du FN. On ne s’en sort pas ! Pour ce qui nous concerne, nous ne disons pas qu’Onfray « fait le jeu du FN » mais simplement, nous faisons l’analyse qu’il se rapproche du FN. Nuance ! Quand il soutient les thèses de Jacques Sapire, qui veut une alliance tactique entre la gauche radicale et le FN sur l’euro, ou quand il reprend mot pour mot l’argumentaire sur la prétendue « théorie du genre » à l’école, nous constatons (c’est notre boulot) un rapprochement. Marine Le Pen approuve, ravie, les propos d’Onfray. C’est de la récupération grossière, certes… Mais vu lesdits propos, M.Le Pen n’a aucun mal à les récupérer. En réalité, en ce moment, nous vivons une spectaculaire recomposition politique et intellectuelle entre libéraux (au sens politique et économique) et souverainistes de gauche et de droite. L’acrimonie et la confusion de Michel Onfray ne sont que des avatars de cette recomposition qui provoque des frottements idéologiques inédits et explosifs.

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