Donc « Nos ancêtres les Gaulois »

J’avoue j’ai hésité à me lancer dans une tentative d’analyse de cette phrase de Nicolas Sarkozy. Cette injonction ne peut pas être sérieuse. Nicolas Sarkozy grossit le trait pour affirmer le nouveau (nouveau pour lui) concept qu’il développe en matière d’immigration : « l’assimilation ». L’assimilation plutôt que l’intégration. L’assimilation suppose que les enfants d’immigrés nés français en France épousent les us et coutumes de la France afin de se sentir en symbiose avec la communauté nationale… et donc, dit-il, se disent en y croyant « nos ancêtres les Gaulois ». Le premier problème c’est bien sûr que ce concept d’assimilation suppose, au moins, une absence totale de discrimination. Il faudrait que l’ancien président développe autant d’ardeur à dénoncer la discrimination pour que sa phrase puisse avoir un début de sens. Comment pourrait-on demander à un jeune qui se sent discriminé à l’embauche, toujours ramené à sa condition d’immigré, ou de musulman, arrêté et fouillé toujours plus que les ceux qui ont vraiment une tête de Gaulois (si ça veut dire quelque chose), comment peut-on lui demander de se sentir, même symboliquement, cousin de Vercingétorix ou d’Asterix ? Comment imposer un Roman National qui mélange faits historiques et mythe fondateur à des enfants surinformés comme aux gamins des années 50 ? Dans la République moderne, chaque individu devrait pouvoir garder ses racines, s’en souvenir, tout en aimant la France et en respectant ses principes. Raymond Aron ne définissait-il pas le citoyen comme un être ne s’accomplissant « que dans la libre adhésion à la communauté » ? Comment des conservateurs peuvent demander l’oubli des racines ? On peut adhérer à un projet sans oublier son vrai passé et en apprenant à aimer, mais surtout à comprendre le vrai passé de son pays! L’important c’est que le communautarisme ne l’emporte pas sur le sentiment d’appartenance nationale. Mais, en réalité, il est inutile de disserter sur la nature conceptuelle de cette affirmation qui semble se référer plus à Henri Salvador qu’à Ferdinand Buisson. N.Sarkozy est ici, avant tout, un tacticien à gros sabots.

De quelle tactique s’agit-il ?

Lors de ses discours, ces dernières semaines, juste avant l’une de ses saillies un peu provocatrices, « clivantes », souvent l’ancien président prévenait son auditoire : « attention ce que je vais dire va effarer les tenants du politiquement correct, va horrifier les bienpensants ». C’est-??6667à-dire, en gros, vous Patrick, vous Léa (ça y est vous en êtes, faut vous y faire), vous Dominique (un peu) et Charline… et moi ! Et vous David Doucet ! les Inrocks, vous imaginez ! Il faut que devant ces audaces de tribun, nous, la cléricature bobo, nous nous étranglions, comme de petits marquis effarouchés par ce gros rouge populaire qui tache, que nous nous scandalisions, que nous dénoncions, avec notre doxa germanopratine, cette dérive extrémiste et que donc, nous apparaissions comme les gardiens déracinés du temple du système. Et donc, qu’en creux, nous choisissions Alain Juppé pour le marquer du sceaux infamant de la boboïtude. Alors que N.Sarkozy serait un vrai rebelle, la vox populi, il incarnerait le peuple contre les élites ! C’est gros comme un menhir !Mais en fait ce genre de déclaration ne choque plus. Comment dire : Elles affligent, désolent pour le niveau de débat qu’elles nous imposent, suscitent en fait plus de pfff affligés, les yeux au ciel, que d’indignation.

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