Emmanuel Macron a estimé, lors de sa conférence de presse à l’ONU, que les médias français étaient, je cite, « totalement narcissiques »…

Thomas Legrand et Narcisse
Thomas Legrand et Narcisse © Radio France / Emmanuel François pour France Inter

Oui, il était agacé parce qu’un journaliste français lui a demandé pourquoi il avait réservé sa 1ère interview télé à CNN plutôt qu’à une chaine française. La question se pose peut-être mais on peut comprendre, alors que la salle est pleine de journalistes étrangers qui s’intéressent à ce que la France dit au monde, que le président prenne ça assez mal. L’impatience médiatique à interroger le président, due à une compétition entre les chaines, peut sembler, vu de l’extérieur de notre petit monde de journalistes, déplacé ou pathétiquement autocentré. Et ce n’est pas toujours faux. Mais il ne faudrait pas pour autant négliger un problème typiquement français, lié à nos institutions et au statut du président de la République.

Quel problème ?

Et bien le président, dans notre système (je ne parle pas des médias mais de nos institutions), peut rester dans un monologue sécurisé autant qu’il le veut. Dans une relation à sens unique avec les Français dans laquelle l’image, la communication, la mise en scène, la geste supplantent le questionnement réel sur son action. Prenons nos 2 grandes démocraties voisines, la plus ancienne, l’Angleterre, et l’Allemagne qui nous sert de modèle à tout propos. Leurs chefs d’Etat, une reine et un président, sont sans pouvoir. Les vrais chefs, ce sont le 1er ministre et le chancelier. Ces 2 là (responsables devant leur parlement) ne pourraient pas rester si longtemps sans se retrouver face à des contradicteurs. Ils sont en permanence obligés de justifier leur action et d’ainsi lever les ambiguïtés sur lesquelles jouent si souvent nos présidents trop adeptes des préceptes du Cardinal de Retz, pensés à destination des monarques. Le 1erministre anglais est confronté, sans ménagement, dans un face à face hebdomadaire, aux députés de l’opposition. Son homologue allemand doit aussi s’expliquer devant le Bundestag très régulièrement. Bien des polémiques et incompréhensions sont purgées dans ces échanges. En France le 1er ministre est dans cette situation devant les parlementaires. Mais c’est le président qui est le vrai décisionnaire et surtout –de par la campagne présidentielle- il a eu un échange fort avec les Français, via des meetings, des débats télévisés et des interviews. Au moment où l’on passe du discours en vers de la campagne à la rude prose de l’exercice du pouvoir, il y a, tout naturellement, au bout de quelques mois (et on y est sans doute), un besoin d’explication. Besoin de lever quelques doutes inévitables quand on se coltine la réalité du pays, après des mois dans la théorie de la campagne. Le président ne peut pas rester indéfiniment dans un monologue sécurisé, agrémenté d’images de proximité ou de majesté selon la nécessité. La question n’est donc pas de se plier à l’injonction des médias, mais de voir, pour la 1ère fois, le chef de l’Etat, qui dit opérer une révolution copernicienne, en situation de dialogue sur son action. Et comme le président ne peut pas être interrogé à l’Assemblée, et bien il reste les journalistes ! C’est encore (malgré notre narcissisme) ce que l’on a trouvé de mieux pour faire l’interface (le média !) entre la population et le pouvoir.

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