L’édito politique de Guillaume Roquette , directeur de la rédaction du Figaro Magazine

Vous voulez nous parler de l’opposition. Selon vous, la rentrée s’annonce difficile pour la droite.

Nous arrivons tout doucement à la fin des vacances, c’est le moment où les enfants commencent à penser à la rentrée. Eux, en général, ils passent dans la classe supérieure. Mais le problème pour la droite française, c’est qu’elle s’apprête à redoubler. Ou plus précisément à vivre une année au moins aussi difficile que celle qui a suivi l’élection de François Hollande.

En général, on redouble quand on a mal travaillé.

C’est vrai, et la comparaison avec le système scolaire s’arrête là. Si l’opposition se retrouve dans une configuration aussi compliquée en cette fin aout, c’est parce que l’été lui a été objectivement défavorable.

D’abord sur le front de la situation économique. La France est sortie de la récession, ce dont il faut évidemment se réjouir, mais cela enlève à la droite un argument fort, celui consistant à dire que la situation du pays ne cesse de se détériorer depuis que la gauche est au pouvoir. Certes, aucun problème de fond n’est réglé, nous croulons toujours sous la dette, les entreprises françaises sont dans une situation qui n’a jamais été aussi critique, mais l’affichage politique est là : la croissance est officiellement repartie.

Comme en plus le gouvernement va multiplier les créations d’emplois artificielles d’ici la fin de l’année, les fameux emplois d’avenir, le chômage va probablement s’arrêter de monter, privant la droite d’un autre argument massue. Encore une fois, rien n’est réglé mais François Hollande est en train de gagner du temps, le temps, espère-t-il, que la France profite d’un timide redémarrage économique dans le reste de l’Europe.

Mais l’UMP peut aussi attaquer la majorité sur d’autres fronts que l’économie…

Oui, mais cela va être compliqué. Car il y a l’autre mauvaise nouvelle de l’été pour l’opposition : Valls superstar. Le ministre de l’intérieur a profité des vacances pour faire une véritable razzia sur des thèmes habituellement utilisés par la droite : l’insécurité, l’immigration, l’islam. Le mois dernier, il a littéralement dézingué auprès du président de la République le projet de réforme pénale porté par la garde des sceaux, l’accusant en des termes à peine voilés de laxisme. Début aout, il affichait son intérêt pour une interdiction du voile islamique au sein des universités françaises. Et cette semaine, la star du gouvernement fait encore plus fort. Il explique, en off bien sûr - l’homme est trop intelligent pour s’exposer trop directement - qu’il faudra un jour ou l’autre revoir la politique d’immigration de la France, et même peut-être revenir sur le regroupement familial, dont les plus anciens parmi nous se souviennent qu’il a été institué par Giscard et Chirac. Jusqu’à présent, seul le Front national s’était aventuré sur ce sujet.

Vous me direz qu’il ne s’agit que de paroles, parfois démenties plus ou moins mollement ensuite, mais l’opposition aussi doit se contenter de paroles, puisqu’elle n’est pas au pouvoir. Bref, c’est parole contre parole. Et à défaut de faire baisser la délinquance, Manuel Valls est pour François Hollande un formidable bouclier politico-médiatique contre les attaques de la droite.

Alors, que peut faire l’opposition en cette rentrée ?

Elle pourrait commence par se trouver un leader mais c’est impossible tant que Nicolas Sarkozy ne clarifie pas ses intentions en disant s’il entend oui ou non revenir dans le jeu. Alors, on peut craindre que l’opposition ne consacre son temps qu’à s’entre-déchirer, Fillon contre Copé, Le Maire contre Wauquiez, etc. etc. On peut aussi être optimiste et parier qu’elle va profiter de ce moment de flottement avant les élections municipales et européennes de l’an prochain pour ouvrir un vrai débat d’idées, proposer des mesures pour redonner aux Français confiance dans l’avenir. Pour l’UMP, ce n’est pas un sujet seulement théorique : elle doit absolument expliquer ce qui fait sa spécificité face à la gauche, mais surtout face à un Front National plus conquérant que jamais.

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