Manifestations anti françaises en Chine, déclarations contradictoires, l'Elysée tente de calmer le jeu. Finalement, le message n'a jamais été aussi brouillé. Prenons de la hauteur, ce matin. Mettons-nous en lévitation, position du lotus, les jambes bien croisées. Ah y est !!! Nous voilà donc flottant au-dessus du studio pour observer avec distance le champ de bataille. Car à celui qui est capable de m'expliquer en 2 phrases le message envoyé par la France, je jure de réciter l'ensemble des sutras du Mahayana et croyez-moi, ça fait beaucoup. Il y a d'abord la diplomatie française. Ordre, contrordre désordre. Tout est dit sur les zigzag de l'Elysée. Aujourd'hui, le chef de l'Etat semble avoir enfin pris la mesure de la situation. D'abord au Tibet, en recevant longuement l'un des plus proches disciples du Dalaï Lama, Mathieu Ricard. Ensuite, la mesure de la crispation des dirigeants chinois qui n'ont pas besoin d'appuyer longtemps sur le bouton pour que s'organisent ces manifestations contre la France. A la guerre des images d'une flamme éteinte à Paris, Pékin répond par la guerre des images d'une France bousculée en Chine. Finalement, Sarkozy a probablement choisi la meilleure carte dans cette situation : Jean-David Levitte, son sherpa qui part pour Pékin. Levitte aime l'Asie, la comprend, parle le chinois couramment, et sait qu'on ne dialogue pas avec l'empire du milieu comme on dialogue avec les USA ou l'Afrique. Il y a ensuite les manifestations citoyennes. Personne ne mettra en cause la sincérité de Reporter Sans Frontières qui a eu le mérite d'agir. Certes, nous sommes sûrs de notre bon droit, des valeurs de notre démocratie mais croit-on sérieusement qu'on peut manoeuvrer un super tanker d'1 milliard et demi d'êtres humains comme on manoeuvre un bateau de pêche de 64 millions d'habitants ? Bien sûr, il fallait protester mais fallait-il franchir la ligne qui va de la colère salvatrice à la franche humilitation ? L'avenir dira si le remède n'a pas été pire que le mal. Il y a enfin, l'avalanche des initiatives. Personne ne mettra en cause la sincérité de Bertrand Delanoé, mais était-ce le moment opportun de faire du Dalaï Lama le citoyen d'honneur de la ville de Paris ? Sommes-nous forcément obligés de devenir Dalaï Béat ? Ne parlons même pas des sportifs qui ne savent toujours pas quel badge porter et s'il faut même en porter un ! Ah, le comité olympique vaudrait à lui tout seul une manif ! Tout cela rend, en tout cas, le message totalement illisible. Comment envisager sérieusement de faire plier Pékin sur des questions vie-mort avec un discours aussi discordant ? Pas question évidemment d'absoudre la Chine Oui, le régime chinois est impitoyable. Oui, son arrogance est à la hauteur de la cruauté avec laquelle sont traités les opposants et les minorités. Mais non, la Chine, ça n'est pas seulement le Parti Communiste Chinois. La Chine, c'est aussi un peuple, même contraint par une dictature communisto-libérale. Ce sont aussi certains dirigeants qui veulent progresser et peuvent servir de levier pour faire bouger même de quelques centimètres ce géant, ce qui serait déjà beaucoup. Il est temps de revenir à une diplomatie ferme mais apaisée. A l'image d'Angela Merkel qui a tracé une ligne claire depuis le début et s'y tient tout en travaillant dans l'ombre pour rétablir le dialogue. Il est temps aussi de s'en remettre à l'Europe. D'avancer unis sur un sujet ou des vies humaines sont en jeu. Il est finalement peut-être temps d'admettre qu'il vaut mieux faire 1 pas ensemble que 10 pas tout seul. Une chronique de Françoise Degois .

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