L’édito politique par Françoise Degois. _____Nicolas Sarkozy a durci le ton, hier à Nice, sur la sécurité, en annonçant notamment le renforcement de la lutte contre les bandes. Le chef de l'Etat est bel et bien en campagne pour les Européennes. Et le dire, c'est déjà enfoncer des portes ouvertes tant tout cela paraît cousu de fil blanc. Nous voilà à nouveau face au traditionnel réflexe de la droite en général et de Nicolas Sarkozy en particulier avant toute élection : remettre le couvert sur la sécurité, repasser les plats sur les voyous pour retrouver son électorat. En griffant au passage, hier à Nice, 21 avril... hasard du calendrier, Lionel Jospin et son mea culpa sur sa naïveté en matière de sécurité, battu en partie au premier tour sur cette question sécuritaire. Faire comme si la gauche, depuis ce 21 avril 2002, n'avait pas fait sa révolution culturelle sur le sujet de la sécurité. Pardon mais la ficelle est un peu grosse. Et puisque le chef de l'Etat partage avec Lionel Jospin le fameux gimmick « J'ai un bon bilan » - la lecture justement du bilan sécuritaire du ministre de l'intérieur Sarkozy puis, du président Sarkozy, peut se lire de deux façons : positif sur la baisse des atteintes aux biens, moins 23% en 5 ans ; négatif sur l'augmentation des atteintes à la personne : +14 %. On comprend mieux pourquoi le chef de l’Etat souhaite passer à la vitesse supérieure, avec une nouvelle loi répressive. Il y en a déjà eu 22 depuis 2002 et une nouvelle mesure : le droit immédiat à un avocat pour la victime, dès la première minute de son agression, une mesure proposée en 2007 par le parti socialiste. Il n'est évidemment pas question ici de minimiser le problème de la sécurité des biens et des personnes, encore moins de balayer d'un revers de la main l'évidente nécessité de lutter contre toute forme de violences, notamment les bandes. Mais, au-delà de l'opération électorale usée jusqu'à la corde, le discours paraît quelque peu décalé. Décalé par rapport aux préoccupations des Français, y compris celle de l'électorat UMP, le chômage, le pouvoir d'achat, et cette nouvelle forme de violences sociales qui s'installe peu à peu dans le pays. Avec la mise à sac, hier, par les salariés de l'usine Continental, de la sous préfecture de Compiègne, comme un méchant pied de nez. Au moment où Nicolas Sarkozy multipliait les déclarations musclées à Nice, des salariés à bout d'angoisse saccageaient une sous préfecture, symbole d'un Etat avec lequel le fossé paraît se creuser de jour en jour. Signe évident d'une détresse sociale qui monte, dans cette France, terre de jacqueries, d'un sentiment d'impuissance, face à un Etat qui semble soutenir uniquement les banques et les grandes entreprises ; face à un chef de l'Etat qui veut se saisir personnellement de tous les dossiers, en affaiblissant, dévitalisant la parole et l'action de ses propres ministres, se saisir de tous les dossiers avec quelques échecs cinglants au bout du bout. Le cas de Gandrange est devenu une sorte de symbole, empathie, promesse et puis rien... Il n'est pas question non plus ici ce matin de cautionner les actions violentes, pas plus que les séquestrations et aucun responsable politique n'a intérêt à jouer avec ce genre de feu. En revanche, on peut comprendre les ressorts de ces actions. Quand les syndicats sont affaiblis, quand l'opposition peine à trouver une cohésion, quand la parole présidentielle est décrédibilisée à force d'être utilisée sur tout sujet, quand le comportement... Quand toutes les digues de régulations sont fissurées, le fleuve sort de son lit. Voilà donc Nicolas Sarkozy face à cette nouvelle forme d'insécurité : l'insécurité sociale, qui ne peut se régler, elle, à coup de déclarations martiales et d'arsenal législatif.

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