Nous sommes à un an de la présidentielle et le fameux débat sur l’élection au suffrage direct ressurgit. C’est un thème qui n’a cessé, depuis 1962 et l’instauration de cette forme de scrutin, d’être contesté. Régulièrement dans les pages « débats » des journaux, un éminent constitutionaliste ou un ancien ministre, généralement centriste (ce sont toujours les dindons des présidentielles) ou bien un partisan de la Sixième République, fait une tribune pour dire tout le mal qu’il pense de cette élection plébiscitaire qui fabrique des néo-monarques. Une élection dont la logique aboutie à ce que de bons candidats se fassent élire, mais pas forcement de bons présidents. Une élection qui favoriserait la démagogie sur le débat d’idée, la personnalisation sur la comparaison des programmes et la logique des blocs sur le compromis. Pourtant, aucun grand parti ne propose de revenir sur l’élection présidentielle telle que l’a voulue le général de Gaulle. Il faut dire qu’avec tous ses défauts, l’élection présidentielle reste le scrutin qui réunit le plus de participants. Pendant les présidentielles, les meetings font salles combles. En 2007, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ont passionnés les foules ! Et dans une société qui doute de sa démocratie, à un moment où l’on se demande si nos élus ont vraiment le pouvoir, si le capitalisme financier, les structures administratives supranationales, ne seraient pas seuls aux manettes, il serait fou de supprimer le rendez-vous démocratique, aussi imparfait soit-il, auquel les Français participent. D’où l’idée, non pas de le supprimer mais plutôt de le réformer. Oui, parce qu’en 2002, la compétition s’est grippée. Un candidat qui a fait 19% au premier tour a été élu contre le candidat le plus détesté des Français. C’était n’importe quoi ! Un non-choix. Et puis, l’élection a été malmenée après 2007, parce que le candidat élu ne s’est pas comporté comme un président désigné par l’ensemble des Français. Pour la première fois, celui qui a reçu les suffrages directement de ses concitoyens, n’a pas su se hisser à la hauteur de sa fonction, la confondant avec le rôle de chef de la majorité. Nicolas Sarkozy a gouverné (donc divisé), mais n’a pas véritablement présidé (c’est-à-dire rassemblé). Le fait que le Président sortant ne soit pas le candidat évident pour bon nombre de membres de la majorité, prouve que Nicolas Sarkozy n’a pas su revêtir On peut regretter qu’il faille un monarque élu à la France, mais on ne pourra se débarrasser de cet état de fait que par l’élection d’un candidat qui l’aura annoncé pendant la campagne présidentielle ! Et il n’est pas né celui qui dira « élisez-moi et je vous promets de supprimer cette élection ». Arnaud Montebourg, qui était contre l’élection présidentielle, n’a pas mis sa suppression dans son programme, maintenant qu’il est candidat au titre ! Il existe une solution pour que le Président préside et que le Gouvernement gouverne : ce serait, non pas de supprimer l’élection au suffrage universel, mais d’introduire de la proportionnelle aux législatives (cassez le fait-majoritaire). Cela changerait sans doute, aussi, l’élection présidentielle, puisque les partis seraient poussés à se coaliser avant, au lieu d’utiliser ce scrutin pour se compter. Mais bon, je me demande quand même si ma défense de l’élection présidentielle ne procède pas aussi un peu d’un certain corporatisme : imaginez ! Quel drame pour nous, les éditorialistes : sans cette course de pur-sang quinquennal, il faudrait trouver un sujet politique de fond tous les jours !

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