C'est aujourd'hui que Manuel Valls va lancer le chantier de la fusion des régions, dont il a promis de diviser le nombre par deux d'ici à la fin du quinquennat. Et ce matin, Marc Fauvelle lui souhaite bon courage ! Il lui en faudra, pour réussir là où tous ses prédécesseurs se sont cassés les dents : tailler dans ce millefeuille territorial, dont tout le monde reconnaît qu'il est trop épais, indigeste, qu'il nous coûte trop cher et qui, pourtant, résiste toujours et encore à la réforme. Pour avoir une idée de la difficulté qui attend le Premier Ministre, il faut se rappeler de la fronde qui s'était produite, en 2008, lorsque le gouvernement Fillon s'était attaqué au numéro du département sur les plaques d'immatriculation. Manif', pétitions, députés en colère... on touchait là à un point sensible. Dans un pays pourtant ultra-jacobin, on ne touche pas impunément à un symbole des terroirs ou des territoires (qui plus est très pratique pour tuer le temps avec des enfants en voiture). C'est là le paradoxe qui, au fond, bloque toute velléité de réforme depuis des années. Les Américains ont une expression pour cela : c'est le syndrome "not in my backyard ", pas dans ma cour. D'accord pour fusionner, mais vous êtes gentil, allez le faire plus loin. Quand on interroge les Français, ils sont d'accord à une large majorité pour qu'on touche au nombre de régions, mais surtout pas a la leur.... Les Bas-Normands ne se sentent pas forcément plus Haut-Normands que Bretons, les Alsaciens n'ont pas vraiment envie de fusionner avec les Lorrains, et que dire des Corses, qui n'ont aucune envie de se faire avaler par PACA... La dernière fois qu'un gouvernement a mis une pièce dans la machine, elle lui est revenue en boomerang. C'était en Alsace, l'an dernier, et le référendum sur la fusion des deux départements s'était soldé par une victoire du non et un double camouflet infligé a la classe politique locale et au pouvoir parisien !

Et pourtant, Manuel Valls a aujourd'hui plusieurs cordes à son arc. Son meilleur allié aujourd'hui, c'est sans doute la crise, qui va obliger un peu plus encore les collectivités territoriales à se serrer la ceinture et à faire la chasse aux gaspillages. On pense par exemple aux offices du tourisme qui doublonnent joyeusement entre ceux financés par les départements et ceux payés par les régions. Les élus eux-mêmes se plaignent de la lourdeur des démarches, quand ils veulent construire une école, une piscine, reconstruire une digue ou simplement rénover un terrain de basket. Pour boucler leur financement, ils doivent souvent frapper à cinq portes différentes (la ville, l'intercommunalité, le département, la région, Paris, et même parfois l'Europe). Le résultat, c'est aussi une perte de temps et d'énergie, quand il faut deux ans en moyenne pour boucler un tour de table, avant même de poser la première pierre ! Enfin, un autre élément devrait faciliter la tâche de Manuel Valls, c'est la probable défaite de la gauche aux régionales l'an prochain, elle qui dirige aujourd'hui 21 des 22 régions de métropole. Il sera alors un peu moins difficile d'imposer sa réforme à des régions de droite, plutôt qu'à ses propres amis politiques ; on pourrait aussi citer le non cumul des mandats, qui s'appliquera en 2017, et qui va considérablement réduire le pouvoir de tous les barons locaux, et donc leur capacité de résistance. Tout cela laisse penser que le gouvernement dispose aujourd'hui d'une véritable fenêtre de tir. Ça ne rapportera pas forcément des milliards, mais cela donnera une indication sur la capacité de la France à se réformer et sur l'habileté de Manuel Valls à y parvenir.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.