Oui et cette toute petite affaire montre simplement la profondeur de la fracture qui sépare désormais ce qu’il est convenu d’appeler « les deux gauches ». En l’occurrence, François Hollande a produit là disons une analyse de comptoir. Les tracts du PC des années 70 n’avaient aucun rapport avec les tracts du FN d’aujourd’hui. Ce que François Hollande a sans doute voulu dire (mais, alors c’est mal visé), c’est que le FN, grâce sa capacité à occuper la fonction tribunicienne propre à capter les colères sociales, réussit à séduire une population (pour peu qu’on puisse la comparer) qui était, dans les années 70, acquise au PCF. La véhémence antisystème de Marine Le Pen peut effectivement rappeler les coups de gueule contre les puissants que pouvait pousser un Georges Marchais, au mieux de sa forme, pendant les années Giscard… Mais au-delà du ton protestataire, de la population ciblée, on ne voit pas ce qu’il y a de commun entre le programme du PC d’alors et celui du FN d’aujourd’hui. Déjà, les époques sont difficilement comparables ! Le PC des années 70 se battait pour renforcer les acquis sociaux de cette fin des 30 glorieuses, concrétisés par les accords de Grenelle de 1968. Il négociait pied à pied avec le PS un programme commun pour multiplier les nationalisations. Il entretenait vis-à-vis du modèle soviétique (qui existait encore et pour toujours) une cécité volontaire. Il n’y avait ni euro, ni critères de convergence. La comparaison est vite faite. A part une exaltation du « produisons et achetons français », il n’y a rien de commun entre Marchais et Le Pen.

Et puis le PC ne s’en prenait pas aux étrangers !

Oui, et ça d’ailleurs, François Hollande l’a souligné. Et même, dans ces années-là, le PC et son maillage municipal était une efficace machine à intégrer les vagues d’immigration. La comparaison, en revanche, est plus souvent faite entre le Front de Gauche d’aujourd’hui et le FN. Mais là encore, en dehors d’une critique de l’Europe, de la financiarisation de l’économie, de l’utilisation par Marine Le Pen de mots issus de la vulgate altermondialiste et antisystème, le FN et le Front de Gauche ne proposent (même sur l’euro) rien de commun. Ils n’ont ni les mêmes racines ni la même philosophie. Le Front de Gauche intègre maintenant, par exemple, contrairement au FN, la dimension écologique dans sa critique du capitalisme. La violence ressentie par les communistes, et exprimée par Pierre Laurent, du fait de cette comparaison mal venue est donc compréhensible. On peut d’ailleurs la comparer à la violence que doit ressentir régulièrement F.Hollande face aux bordées d’insultes, d’accusations de social-traîtrise de la part du Front de Gauche ! Ces polémiques ne sont finalement que des ersatz dérisoires de l’éternelle confrontation des « deux gauches » qui dure depuis plus de cent ans, depuis la controverse dite des « deux méthodes » qui opposaient Jules Guesde et Jean Jaurès, en 1900. Rien de nouveau !

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