Le piège de la comparaison entre pays face au coronavirus.

Pour  évaluer l’efficacité d’une politique, d’un système de santé, quoi de  mieux que de comparer les effets de la lutte  contre le coronavirus par pays ? C’est ce que font les gouvernants pour  mieux caler leur action et leur discours (comme on a pu le voir avec  les propos des responsables français, maladroitement décalés, au début  de la crise, pour s’adapter à la pénurie de  masques). Comparer, c’est aussi ce que font tous les acteurs du débat  public pour éclairer le jugement des citoyens. La comparaison, pour nous  prétentieux Français, est particulièrement pénible parce que  la supériorité (croyait-on) de notre système de santé,  aurait dû nous placer parmi les champions de la réponse à la crise.  Mais nos performances sont déprimantes. De quoi relativiser quelques  certitudes sur notre modèle social et la supposée ‘excellence’ de notre appareil d’Etat.
 Pourtant ?
Pourtant,  plus on compare, plus on s’aperçoit qu’on ne peut pas s’évaluer  clairement pendant que l’action se déroule…  Il faudra poser tous les paramètres à plat, après la crise, à froid.  Pour l’instant, les comparaisons (hors science) ne sont que de la  dialectique. Chacun choisit son étalon, son critère, sa circonscription  de comparaison. On se demande d’abord pourquoi la  France et l’Allemagne ont un taux de mortalité si diffèrent ? On sait  que les gouvernements décentralisés de l’Allemagne ont réagi plus  promptement, que les Allemands sont réputés plus disciplinés, leur  industrie plus réactive. Mais pourquoi le Portugal et  la Grèce, aux antipodes des supposées vertus allemandes, font-ils  encore mieux ? Pourquoi la Nouvelle-Aquitaine a moins de morts par  habitant que certains Landers ? Pourquoi le nord de l’Italie, riche,  organisé, est plus touché  que le sud et Naples, qui connait  une des plus fortes densités d’Europe ? Les dictatures s’en sortiraient  mieux que les démocraties ? Mais les dictatures mentent sur leurs  données. Pourquoi, finalement, les prisons sont-elles peu infectées  alors qu’un porte-avion, peuplé aussi de jeunes hommes  confinés, l’est ? Est-ce parce que les uns fument plus que les autres  (la nicotine protègerait ?) ou parce qu’il n’y a pas de climatisation  dans les prisons alors qu’elle est partout sur un porte-avion ? Le jeu  des comparaisons est dangereux tant que l’on  ne connait pas l’impact de tous les facteurs, système sanitaire et  politique, densité de population, pyramide des âges, climat. Doit-on  vraiment comparer par pays sous prétexte que la nation est la  circonscription politique la plus évidente ? La comparaison  par bassin de population serait surement plus pertinente. On accepte le  doute et les tâtonnements des scientifiques qui n’arrivent pas encore à  déterminer précisément le poids de chaque facteur dans la propagation  du virus… mais on affiche, sans délais, des  certitudes sur les raisons politiques des échecs ou des réussites de  chaque pays. C’est paradoxal : doute sur une science dure, certitude sur  une science molle ! Pour l’instant (mais ça viendra) comparaison  politique n’est pas raison… au moins nous permet-elle  de secouer nos prétentions nationales et nos dogmes partisans.
 
 
 

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.