La Fondation Jean Jaurès publie une étude sur les conditions d’une accession de Marine Le Pen à l’Elysée.

Et il en ressort que les principaux facteurs qui pourraient favoriser ce coup de tonnerre sont la porosité grandissante des électorats de la droite et d’extrême-droite, et la cristallisation d’une détestation que provoquerait Emmanuel Macron. Dit comme ça, la fondation Jean Jaurès a l’air d’expliquer que pour qu’il pleuve, il faut qu’il y ait des nuages ! Mais si l’on se penche sur ces deux critères, on constate d’abord que, ces dernières années, les préoccupations des électorats de droite et d’extrême-droite se sont rapprochés pour ce qui est des enjeux culturels. On pense à l’immigration ou la question identitaire. La création du ministère de l’immigration et de l’identité nationale en 2007, puis le discours identitariste du président Sarkozy à Grenoble en 2010, sont des moments clés du glissement opéré par les principaux leaders de droite. Ils ont ainsi accompagné et favorisé un mouvement d’opinion, plus qu’ils ne l’ont contré. Aujourd’hui, on le voit avec les amendements identitaires votés par LR ou lors de la discussion de la loi dite ‘séparatisme’. De même, quand Xavier Bertrand promeut l’idée de peines automatiques en cas d’agressions de policiers, il s’agit d’une proposition (d’ailleurs inconstitutionnelle) qui illustre la porosité des droites. Parallèlement, le RN s’est débarrassé, dans ses discours au moins, de l’obsession vichyste. Marine Le Pen réussit à incarner, pour beaucoup d’électeurs, une (osons l’oxymore) laïcité-identitaire ! Enfin, son nationalisme (terme négatif) est relooké en souverainisme ou même en localisme (termes positifs). Réel glissement droitier de LR, recentrage républicain (dans les mots) du RN… Un point de rencontre s’opère, sinon des appareils au moins d’une bonne partie des électeurs… sans surprise, au profit de l’extrême-droite…  

Autre moteur : la détestation que susciterait Emmanuel Macron.  

Oui… Et là c’est important parce que ce qui parait épidermique est en fait très politique. Le rejet est, certes, moins étendu que celui suscité par Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy François Hollande ou JL. Mélenchon mais il est d’une autre nature et structurellement, potentiellement problématique pour sa réélection. Beaucoup d’électeurs de gauche préviennent déjà : ils s’abstiendront en cas de duel Macron/Le Pen. 28% des électeurs de JL Mélenchon se disent même prêts à voter au second tour Marine Le Pen… contre Macron ! En fait, et c’est le cœur du grave problème qui touche Emmanuel Macron, si la détestation se concentre sur l’homme Macron, c’est bien parce que LREM n’a pas réussi à créer une identité politique structurée, une grille de lecture qui, même si l’on n’est en désaccord avec elle, aurait le côté rassurant de la lisibilité. Si vous détester Nicolas Sarkozy ou François Hollande, leurs camps politiques, même si ce ne sont pas les vôtres, sont lisibles. Et leur bon vouloir reste quand même limité par un cadre idéologique et une histoire. La solitude volontaire d’Emmanuel Macron à la tête de l’Etat accentue l’incertitude et sa responsabilité personnelle  (son bon vouloir quasi monarchique) sur le cours des choses. De quoi nourrir le penchant régicide français. 

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