Eric Besson, le secrétaire d'Etat chargé de la prospective économique, pourrait prendre du galon. L'information a été donnée ce week-end. Dans la brigade des transfuges du PS, il fut le premier et surtout le seul à avoir franchi le Rubicon avant l'élection, ce qui lui permet de revendiquer le fait d'avoir voté pour le Président. Mais si on en n'entend pas parler, c'est tout simplement qu'il ne dit rien. Quand il n'est pas d'accord, sur les tests ADN, peut-être sur le fichier Edwige ou tout autre sujet, il ne dit rien. C'est assez pratique pour durer. A quoi ça sert d'être de gauche, de s'assumer comme tel et de vouloir jouer de son petit instrument dans l'orchestre symphonique de la majorité, en faisant semblant de souffler dans son flutiau ? Pour la politique, pour ses idées, à rien bien sûr, mais pour sa carrière, c'est autre chose. Donc, pour être remercié de n'avoir rien dit, de s'être contenté d'être une belle prise silencieuse à la gauche, Eric Besson, qui en plus, est compétent et travailleur, va sans doute remplacer en janvier Brice Horteufeux, le ministre de l'immigration et de l'identité nationale. C'est vrai que ce serait assez gonflé et plutôt malin de faire faire à un homme de gauche ce qui représente le pan sensé être le plus droitier de l'action du gouvernement. C'est le summum dans l'art du contre-pied en politique. Eric Besson est en cour. Ce n'est pas le cas d'autres ministres comme Rama Yade ou Rachida Dati. Alors comment se détermine la cote des ministres ? Dans notre République quasi monarchique, il y a ce phénomène de cour un peu ridicule qui existe toujours (la fameuse rupture revendiquée par Nicolas Sarkozy ne sera donc pas passée par là !) Et pour bien comprendre ses mécanismes de grâce et de disgrâce à l'Elysée, il faut observer le balai des mini-ministres, les ronds de jambes des prétendants à tout, savoir qui exactement est invité à telle ou telle réunion. C'est un job à plein temps ! Quand Valérie Giscard d'Estaing, par exemple, rentrait d'un voyage d'Etat, tout son gouvernement devait l'accueillir à l'aéroport - c'était comme ça à l'époque - et c'était l'occasion pour les giscardologues d'évaluer la cote de chaque ministre. Une simple poignée de main, quelques mots échangés, un sourire, un aparté... tout était interprété. Sous François Mitterrand, une conversation littéraire sur quelques mètres d'ascension de la roche de Solutré, une promenade sur les quais de la Seine et vous étiez quasiment ministre d'Etat dans les pronostiques des journaux, une invitation à Latché et vous étiez premier ministrable ! Avec Nicolas Sarkozy, un petit footing, une boîte de chocolats c'est pas mal, mais surtout, vous revenez en grâce quand les conseillers du prince commencent à vous citer dans les conversations informelles avec des journalistes. Ça veut dire que le Président a dit du bien de vous dans les multiples réunions. Le plus sûr pour être bien vu du Président, c'est une allégeance totale, une admiration sans borne, une capacité d'acquiescement sans limites, sans peur du ridicule... C'est très étrange, par exemple, de lire l'interview de Christian Estrosi sur le site internet du Point. Il y parle de l'indiscipline de Rama Yade, il dit « moi, depuis 25 ans que je fais de la politique avec Nicolas Sarkozy je n'ai jamais eu le droit de refuser quoi que ce soit, il ne m'a jamais laissé le droit de refuser ». Christian Estrosi, député maire de Nice, est pourtant un adulte, majeur et vacciné ! On a juste envie de lui souhaiter, si non pour sa carrière, du moins pour son équilibre personnel, une bonne crise d'ados. Pour autant, l'avenir de Rama Yade au gouvernement n'est pas forcément compromis. Pas forcément parce qu'en l'occurrence, le roi est certainement plus fin politique que ses courtisans : il n'aime plus Rama Yade, il est furieux, certes, mais Rama Yade a pris 3 points dans le baromètre des personnalités de « Paris Match » ce mois ci et Bernard Kouchner en a perdu 10 ! Plus fort qu'une boîte de chocolat de luxe ou qu'un éclat de rire surjoué à une blague du Président. Un bon sondage reste encore la meilleure protection d'un ministre !

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