Non seulement ça a été compliqué à faire passer, mais en plus ,ce durcissement sera limité. Aucune peine de prison, contrairement à ce qui était prévu dans le texte adopté en commission. Désormais (et c’est déjà un progrès) une amande de 30.000 euros pourra être infligée aux parlementaires qui auraient omis « sciemment » de déclarer leurs patrimoines ou en auraient fait une évaluation mensongère. Rappelons que le vol d’une mobylette est passible de deux ans de prison et qu’une fraude fiscale peut coûter jusqu’à 5 ans de prison. Et bien Jean-François Copé, le patron de l’UMP et Christian Jacob, le nouveau président du groupe UMP avaient déposé un amendement pour supprimer toutes nouvelles dispositions coercitives pour les parlementaires. Alors il ne s’agit pas de crier « tous pourris » ni de dire que Messieurs Jacob ou Copé veulent couvrir quelques turpitudes. Ce qu’ils refusent, c’est qu’une commission pour la transparence financière s’érige en «sorte » d’autorité judiciaire doté de pouvoirs d’investigation. En gros ce qu’ils ne veulent pas, c’est qu’une commission puisse vérifier la véracité des déclarations. Copé et Jacob ont une conception corporatiste du contrôle des parlementaires et une détestation toute bonapartiste de l’idée même de contre-pouvoir. Ils n’acceptent pas, en tant qu’élus , de pouvoir être surveillés par une autorité non élue. C’est une conception qui pourrait s’admettre si, par ailleurs, les parlementaires français ne pouvaient pas cumuler leurs revenus avec d’autres revenus provenant d’activités privées. Mais ce n’est pas le cas. - Il y a encore une certaines réticences du monde politique à aller vers plus de transparence dans ces domaines. Mais ça avance quand même : les députés se font interpeler sans cesse par leur électeurs sur leur régime de retraite, les prêts à taux zéro, sur le cumul des mandats et fonctions. Le président UMP de la commission des lois, les centristes et l’ensemble de la gauche ont formé une majorité pour faire évoluer le texte même s’ils n’ont pas réussi à imposer la possibilité d’une peine de prison pour les très rares (il faut quand même le souligner) députés fraudeurs. La tentative tout à fait conservatrice de préservation des intérêts des élus de la part des deux personnages les plus importants dans la hiérarchie de l’UMP est à inscrire dans cette tendance actuelle au retour du RPR d’entant. Finie la marche vers la modernisation de la vie politique. Dans le même état d’esprit rétrograde, la promesse de ne plus cumuler les postes ministériels importants et les mandats de maire de grandes villes, a été oubliée. Alain Juppé assume parfaitement de ne plus tenir cette promesse en restant maire de Bordeaux et ministre de la Défense. Mais ce retour en arrière n’est pas simplement un anachronisme, c’est une faute politique et stratégique. D’ailleurs, Jean-François Copé est toujours, avec un temps de retard, obligé d’accepter l’évidence, d’accepter la marche inéluctable vers plus de transparence et moins de voracité politique. Par exemple, il a dû se résoudre à quitter son cabinet d’avocat d’affaires en devenant patron de l’UMP pour éviter l’évidente mise en situation de conflit d’intérêt. En deux semaines à la tête de l’UMP, Jean-François Copé a eu deux idées marquantes : ressusciter le débat sur l’identité nationale et refuser l’amendement sur le patrimoine des élus. S’il continue comme ça, ma théorie un peu tordue (que j’avais évoqué la semaine dernière, pour rire bien sûr) selon laquelle il voulait faire perdre le Président en 2012 va commencer à prendre corps.

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