Vous revenez sur les dessous du vote ce matin à l’Assemblée Nationale d’une loi sur le génocide Arménien.

Ou comment la campagne présidentielle, la notre, peut mettre le feu aux poudres jusqu’à Ankara. Pour bien comprendre de quoi il s’agit : les députés sont appelés à voter ce matin une proposition de loi UMP visant à réprimer la négation des génocides reconnus par la loi française, notamment celui du génocide arménien, perpétré entre 1915 et 1917, généralement estimé à un million et demi de morts, cinq cents mille selon la Turquie, qui nie avoir commis ces crimes génocidaires et parle de victimes de la Grande guerre.

Alors, la France a déjà reconnu le génocide arménien, c’était en 2001, sous Lionel Jospin, Premier ministre de cohabitation. Puis en 2006, une première tentative de pénaliser la négation de ce génocide a été bloquée au Parlement par la majorité du président Jacques Chirac.

Et nouvel épisode, le 6 octobre dernier, Nicolas Sarkozy se rend en Arménie et exhorte Ankara à « revisiter son histoire » dans « des délais assez brefs ». Le chef de l’Etat, hostile depuis toujours à l’entrée de la Turquie au sein de l’Union Européenne, demande à sa majorité UMP de porter un nouveau texte visant à réprimer ceux qui nient le génocide arménien, ce qu’a fait Valérie Boyer, député UMP de la 1ère circonscription des Bouches-du-Rhône, où réside une importante communauté arménienne. C’était l’une des promesses du candidat Sarkozy lors de la campagne de 2007, laissée lettre morte.

Alors, pourquoi maintenant, Jean-François, à quatre mois de l’élection présidentielle ?

Parce qu’il y a un demi-million d’Arméniens en France, ce qui fait beaucoup d’électeurs. Mais pas seulement. Un évènement, passé inaperçu, a motivé le voyage présidentiel d’Erevan du 6 octobre. Dix jours auparavant, le 26 septembre dernier, un certain François Hollande est allé prononcer un discours à Alfortville, devant 400 personnes membres de la communauté arménienne du Val-de-Marne, en compagnie du député Bruno Le Roux, très investi dans ce dossier, et de Patrick Mennucci, qui a grandi parmi les Arméniens de Marseille, pour leur annoncer qu’il allait, lui, candidat socialiste à l’élection présidentielle, mener à son terme cette proposition de loi de 2006 restée bloquée au Sénat, qui vient de basculer à gauche. Nicolas Sarkozy, pris de vitesse, a donc déclenché la foudre, dont les conséquences aujourd’hui dépassent largement le cadre national.

Peut-on parler d’électoralisme ?

Oui, bien évidemment. Mais pourquoi pas, «les élections, c'est aussi un moyen de faire avancer les choses», a fait remarquer Patrick Devedjian, le président UMP du conseil général des Hauts-de-Seine, très investi dans la cause arménienne. Mais cette loi, qui arrive trop tard, parce trop près du vote, sent la précipitation dans un débat mémoriel, qui divise, et pas seulement les politiques. L’Histoire peut-elle être un objet juridique ? Peut-on reconnaître ses pages les plus noires, sans en passer par des lois coercitives, de façon à faire évoluer les peuples entre eux sur ces questions, sans les braquer ? C’est un débat qu’il faudrait mener, sereinement, avant de légiférer, loin de toute pression de calendrier électoral. Cela nous épargnerait bien des crises.

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