Vous revenez ce matin sur la polémique qui suit l’installation de crèches dans certaines mairies.

On attend aujourd’hui une décision du tribunal administratif concernant la maire de Melun. ​Il y a quelque chose d’étrange avec les décisions contradictoires entre​,​d’un côté​,​​​le tribunal administratif de Montpellier qui laisse en place la crèche installée à la mairie de Béziers par Robert Ménard et, de l’autre, la décision du tribunal de Nantes qui exige que la crèche du ​c​onseil ​g​énéral de Vendée soit retirée​, ​​a​lors que, contrairement à cette dernière, décorative et habituelle, celle de Bézier​s​, installée pour la première fois​,​est clairement un objet politique d’affirmation identitaire. Pour se faire une idée claire et exigeante de la laïcité, de ce concept fragile, dans un monde ouvert comme le nôtre, il faut lire Emile Poulat, ​aancien prêtre ouvrier, historien et juriste. Olivier Bobineau et Bernadette Sauvaget l’ont interrogé quelques mois avant sa mort début décembre. Poulat - certainement l’un des meilleurs connaisseurs de la loi de 1905- donne cette définition de la laïcité : «Auparavant, la religion catholique était publique, une affaire d'État, et la liberté de conscience une affaire privée. C'est désormais l'inverse : la religion est privée, et la liberté de conscience est publique, assurée par l'État ; la laïcité est la lutte pour ce renversement de situation…»

Avec cette définition , ​quid de l’expression religieuse dans l’ « espace public » ?

Le terme « espace public » justement est très « piégeux ». Il permet toutes les confusions. Il faut distinguer ‘espace public’ et ‘bâtiment public’ au sens institutionnel, ayant rapport avec l’Etat ou la puissance publique…. La liberté religieuse dans l’espace public, c’est-à-dire, dans la rue, doit être défendue. La possibilité de faire des processions, ​ou même des prières de rue​, ​bien sûr dans certaines conditions particulières et soumises à autorisation, la possibilité de porter des signes religieux (un voile sur la plage, par exemple)​,​ne peut pas être banni​e​. Mais dans les espaces institutionnels, école, mairie… rien ! Neutralité complète. ​Donc, on pourrait en conclure qu’un juge administratif doit, automatiquement, ordonner que les crèches soient retirées des halls des ​m​airie​s​ou des ​conseils ​g​énéraux. Mais, comme le dit Poulat, la laïcité s’identifie aux Lumières à la Française, aux philosophes, par opposition aux théologiens. Si, en vertu de la laïcité​, ​nous nous adressons à la raison plus qu’à la croyance, ça devrait nous permettre de différencier des pratiques culturelles​ et ​décoratives​,​et des pratiques militantes et identitaires. La laïcité devrait (si l’on veut être fidèle à ses concepteurs) se vivre dans un état d’esprit pacificateur : ​​permettre au maire de Paris de souhaiter un bon aïd aux musulmans (ça lui a été reproché)​,​ne pas pourchasser une habitude de crèche dans un bâtiment public. Interdire une crèche installée en pleine polémique pour affirmer une identité ! A cause des trouillards et des obsédés de l’identité, voilà des juges administratifs dans la position grotesque d’être obligé​s​de se demander si quelques santons, un bœuf, un âne et un petit bébé en plâtre, constituent une atteinte à notre liberté de conscience !

Notre laicïté, entretien avec Emile Poulat. Olivier Bobineau et Bernadette Sauvaget. Editions DDB

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