Le gouvernement prépare des textes et une révision constitutionnelle pour rendre la guerre contre le terrorisme plus efficace.

Et finalement, quand on voit les difficultés juridiques qui accompagnent la rédaction de ces réformes, les confusions de valeurs autour de la déchéance de nationalité, la gêne perceptible (même chez les responsables de gauche réputés les plus sécuritaires), on en vient à se demander si, à Versailles, dans son discours –quasi-unanimement approuvé- du 13 novembre, le président n’a pas prononcé un mot en trop. Le mot « guerre ». Maintenant que la pression est un peu retombée, qu’après le choc, le traumatisme même, la société française, toujours aux aguets, commence à reprendre ses esprits… On commence à s’apercevoir que ce mot de trop, « la guerre », nous l’avons tous peut-être trop facilement accepté sur le coup !

Nous ne serions pas en guerre contre le terrorisme ?

Pas forcément. En vaste opération de police, en opération extérieure certainement. Parce que le mot guerre est à la fois galvaudé et implique trop de bouleversements qui sont autant de défaites. Galvaudé : combien de fois avons-nous déclaré la guerre à la drogue, à l’alcoolisme, au chômage, au gaspillage, au racisme ! Et en même temps, il est trop fort : « La Guerre » est un concept qui pose beaucoup plus de problèmes qu’il n’en résout au vu de la nature des évènements auxquels nous sommes confrontés. C’est un mot qui peut agir comme un vaste débrayeur de contre-pouvoir. Nous sommes en guerre donc nous devons accepter des mesures exceptionnelles, chacun peut être amené à renoncer à certains de ses droits. A la guerre comme à la guerre, foin des conventions, des préventions. Au-delà des textes qui prévoient l’état d’urgence, le mot « guerre », peut entraîner des attitudes hors normes… Nos gardes fous s’estompent. Ce mot, prononcé à Versailles, devant le congrès, a –au premier abord- de quoi rassurer. La France, son Etat mobilisé, son armée, sont mis en branle contre une bande de terrorises aux méthodes barbares. La guerre rassure quand c’est nous qui la menons. Mais la menons-nous ? Il n’y a pas de front, nos ennemis sont quelques centaines (peut-être milliers) de Français égarés dans une folie nihiliste. Il n’y a pas de déclaration de guerre possible, pas de chefs militaires à vaincre, de qui recevoir une réédition. Pas de date de début ou de fin prévisibles. Ou alors nous sommes entrés dans une guerre de 30 ans ! Et c’est pendant tout ce temps qu’il faudra vivre dans un état d’exception qui donc n’en sera plus un. D’ailleurs, il n’est pas appliqué dans toute sa rigueur, bien sûr…mais il connaît quand même des dérapages. Avec le mot guerre, chaque attentat sera une bataille perdue. Mais chaque attentat évité, chaque djihadiste tué, ne sera pas une bataille gagnée. La victoire ne peut pas être de vivre dans un monde sans attentat. Ca n'existera plus. La seule victoire possible sera de sortir de l’Etat d’urgence, c’est à dire de rester une vraie démocratie sûre d’elle-même. Mais pour sortir de l’état d’urgence, il faut récuser le mot guerre.

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