La proportionnelle, réponse proportionnée à nos maux démocratiques... Sujet "secondaire" aujourd’hui, prioritaire pour 2022 ?

Allons-nous voter à la proportionnelle en 2022 ?
Allons-nous voter à la proportionnelle en 2022 ? © Getty / krisanapong detraphiphat

Question posée hier à l’issue du dernier conseil des ministres de l’année : "Allez-vous faire voter les Français à la proportionnelle aux prochaines élections législatives ?", "Sujet sur la table, mais pas en haut de la pile", répond le porte-parole du gouvernement. Et Gabriel Attal d’ajouter, selon la formule consacrée (et toujours frustrante pour tout journaliste politique) : "Ce sujet n’a pas été abordé lors du conseil des ministres".

Sauf qu’il est sérieusement discuté dans les cercles du pouvoir ! Richard Ferrand (depuis l'Assemblée), François Bayrou (depuis le Modem), Daniel Cohn-Bendit (dans les colonnes de L'Opinion)… Lobbying intense autour du chef de l’Etat, car le temps presse : pour réformer un mode de scrutin, il faut le faire un an au maximum avant l’échéance. Après juin, il sera trop tard. Et l’ordre du jour du Parlement est déjà bien embouteillé, avec une priorité absolue, sanitaire (et non institutionnelle).

Mais le sujet n'est pas nouveau

Il aurait dû marquer l’année 2018, c’était l’une des pièces-maîtresses de la révision constitutionnelle… Avortée pour cause d’affaire Benalla et d’hostilité du Sénat. De toutes les promesses de changement institutionnel annoncées en 2017, c’est la seule qu’Emmanuel Macron puisse encore honorer. Et plus le temps passe, et plus c’est l’option proportionnelle intégrale qui s’impose, et non plus la simple dose de 20% annoncée après la crise des "gilets jaunes". Intégrale, parce qu’il est trop tard pour redécouper les circonscriptions. Intégrale, comme Mitterrand l’avait instaurée en 1986.

… Et qui avait fait entrer 35 députés FN au Parlement, Emmanuel Macron est prêt à prendre le risque ?  

Lui n’a pas encore tranché, mais ses proches y sont prêts, ça oui. Car qui dit proportionnelle, dit recomposition politique, autour d’une grande coalition. Plus personne ne gouverne seul. On appelle ça un "contrat de gouvernement". Les adversaires peuvent devenir partenaires pour un temps. On affronte les crises ensemble. Cohn-Bendit dit que ce qui est possible en Allemagne, il faut l’essayer en France. Et accessoirement, ça sauve les meubles d’un jeune parti, En Marche, qui essuie échec sur échec depuis deux ans. Autre calcul : si Marine Le Pen gagne, il y aurait l'amortisseur des législatives derrière.

Politique-fiction ?   

Non, car les esprits sont mûrs : qui trouve normal aujourd’hui qu’un Insoumis à 20% à la présidentielle se retrouve à ce point sous-représenté ? Dans la dernière note de la Fondation Jean-Jaurès, 11% des Français seulement font confiance aux partis politiques. Institution en 20ème et dernière position... La proportionnelle leur redonnerait un coup de fouet ! L’occasion de se réinventer, de redevenir producteur d’idées, et non plus simples gestionnaires de comptes de campagne, face au péril de l’abstention.

En cette année De Gaulle, la mode, c'est vrai, est plus que jamais à leur rejet… Le Pen, Mélenchon, Hidalgo, Bertrand : ils disent tous qu'ils sont "hors partis", qu'ils l'ont ou qu'ils vont le quitter, construire plus large, etc. Mais tous ont créé leur micro-parti, et tous se savent fragiles sans leur famille d’origine ! Xavier Bertrand reprend contact avec les LR. Anne Hidalgo est très proche du premier secrétaire du PS. Si Marine Le Pen quitte le RN, ce sera pour placer son protégé Jordan Bardella.

Bref, la proportionnelle n’a rien d’anecdotique. Elle pourrait régénérer les partis et avec eux le Parlement, miroir proportionné car moins déformé du pays, sans pour autant affaiblir le Président toujours puissant car élu avant les députés. 

Si la crise sanitaire devait bloquer la réforme, alors oui la Covid-19 restera dans l’Histoire comme le virus qui a aussi empêché la 5ème République de... respirer.

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