La folie des sondages ! Plus la campagne avance, plus ils se multiplient. Tout le monde dénonce leur utilisation abusive et pourtant, on en redemande ! Sur le sujet, nous sommes donc tous un peu contradictoires. Il y a 4 mois, interrogé sur sa piètre position dans les sondages, François Bayrou s'emportait : "Mais si nous avions écouté les sondages Monsieur Demorand, vous disait-il, Balladur aurait été élu en 95 et Jospin en 2002". Avant hier à Dijon, le même, devenu troisième homme par la grâce des sondages exultait : "je me vois plus que jamais porté par une vague, et quand une vague est partie on ne l'arrête pas". Lundi matin, le porte parole de la candidate socialiste Arnaud Montebourg s'écriait : "les sondages, on emballe le poisson avec". Oui, mais ça c'était avant TF1. Mardi soir, au Bataclan, Julien Dray faisait applaudir par les people/soutiens de Ségolène Royal, le sondage qui notait pour la première fois sa remontée. Nicolas Sarkozy enfin qui disait la semaine dernière "ne pas trop mal la sentir cette élection" s'appuyait évidemment sur les 26 sondages consécutifs le donnant gagnant. Il a suffi que l'un tempère, pour qu'il retrouve hier une humeur de dogue! Tout ça pour vous dire que sur la question, les candidats sont schizophrènes, méfiants sur l'outil quand ils sont en bas, reconnaissants quand ils sont en haut. Et nous journalistes, consommateurs de sondages ? Convenons de la même façon que nous subissons une sorte "d'addiction" à cette prise de température permanente. C'est vrai que cette mesure arithmétique de la campagne nous rassure, elle est pour nous un indicateur "mathématique", en tout cas chiffré, de ce que nous croyons, sentir, percevoir, analyser du terrain. Alors, la vraie question maintenant, c'est de savoir si ces sondages sont fiables ? Non! Ils se sont toujours trompés, affirment nos auditeurs dans leurs nombreux mails. En réalité le "toujours" est de trop. Ils n'ont pas trouvé la photo du second tour en 2002, mais ils ont rarement ignoré les tendances lourdes de l'opinion publique. L'inversion des courbes Balladur/Chirac en 1995, l'affaissement de Chevènement en 2002, le croisement du oui et du non au référendum en 2005. Aujourd'hui ils insistent : "nous ne sommes pas Mme Irma disent les sondeurs, nous photographions une situation à l'instant T, mais ne faisons pas de prédictions ; regardez nos mouvements, pas nos niveaux...". Un message de prudence qu'en réalité, personne n'entend vraiment. Alors, une question subsidiaire a surgi ces derniers jours : et s'il y avait une utilisation politique des sondages ? Oui, reconnait un des instituts. Il peut y avoir une utilisation stratégique d'un sondage commandé et payé, cher, par un média. Par exemple pour faire monter la tension juste avant une émission politique importante. Mais à nous, encore une fois, journalistes, de rappeler quand ce sondage a été fait, à vous auditeur ou téléspectateur d'y être attentifs et de prendre vos distances. Bonne nouvelle pour terminer : d'ici quelques jours, on saura tout de ce que les Français pensent vraiment des sondages. Leur font-ils confiance, s'en méfient-ils? Figurez vous qu'un sondage sera publié dans 10 jours sur la question. Vous voyez, on s'en sort pas ! C'est ça l'addiction.

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