Nous sommes à trois semaines du premier tour des élections régionales, et vous êtes en mesure de nous dire ce matin qui va remporter ce scrutin… Le gagnant est ?L’abstentionniste! Il devrait remporter à lui tout seul près de la moitié des suffrages, 46% selon l’institut IFOP. Autant vous dire, Pierre, que si sa progression continue dans les intentions de vote, il pourrait presque être élu dès le premier tour ! Plus sérieusement, ce chiffre est inquiétant. J’entends déjà certains auditeurs protester devant leur café: encore un sondage ! Mais il faut savoir que depuis 1986, l’abstention aux élections régionales n’a cessé de progresser. Il s’agit d’une élection intermédiaire, et la présidentielle reste l’élection phare. Il y a eu toutefois une exception: les régionales de 2004, où la participation a été forte, plus de 60%. Ce rendez-vous électoral avait permis une revanche de la présidentielle de 2002. D’où le résultat mirifique du PS, qui a raflé 20 régions sur 22 en métropole. Mais cette année, une grande partie des électeurs s’apprête à zapper le vote. Il y a d’abord les vacances. Les Français ont la tête ailleurs, tout simplement. La crise également est passée par là. Plus personne ne croit guère en la capacité des politiques à faire repartir la machine. Il y a enfin une campagne qui ne démarre pas. Il faut se dépêcher, il reste trois semaines. Elle se focalise sur quelques polémiques. Nous avons eu le feuilleton Georges Frêche en Languedoc Roussillon. Voici à présent l’affaire Ali Soumaré, candidat tête de liste PS dans le Val d’Oise accusé par des élus UMP d’être un délinquant. Attention, dérapage. Pendant ce temps, même si nous en parlons sur France Inter, les enjeux de fond – à quoi sert une région, la fiscalité, les transports, les lycées, la réforme des collectivités locales – tous ces thèmes passent à la trappe. A y regarder de plus près, deux catégories socioprofessionnelles s’apprêtent à rester à la maison. Les jeunes, les 18-24 ans, désabusés. Et les ouvriers, à peine plus du tiers d’entre eux irait voter. Ce sont les grands déçus, pour ne pas dire autre chose, de la présidentielle de 2007. Ils ont cru à une France qui allait regagner des usines : chômage et délocalisations se succèdent. Enfin, les électeurs du PS seraient bien plus mobilisés que ceux de l’UMP, avec plus 10% d’écart. Comment expliquer ce phénomène, Jean-François ?« L’abstention est l’arme des électeurs de droite pour manifester leur grand mécontentement », confiait hier un haut responsable de l’UMP, qui raconte que sur le terrain, il se voit toujours reprocher le salaire d’Henri Proglio ou la candidature de Jean Sarkozy à la présidence de l’Epad. Des queues de comètes, dit-il, mais qui ont marqué l’opinion, même si les électeurs UMP saluent toujours le dynamisme de Nicolas Sarkozy. Vous avez également l’ouverture qui ne passe toujours pas chez des électeurs déboussolés d’avoir un socialiste à la maison. De nombreux cadres sortants se sont fait piquer leur place par une Gauche Moderne ou un Nouveau Centre, ça râle, ça coince. Cette situation devrait profiter à une gauche dont les élus régionaux pourraient bénéficier d’une sorte de prime au sortant. L’abstention souligne un problème bien plus profond pour notre démocratie…Elle marque la défiance à l’égard des élites, des partis politiques, des gouvernements successifs, voire même des médias. Les accords, pour ne pas dire les cuisines d’appareils pour fusionner les listes entre les deux tours n’arrangent guère les choses. Il ne faut plus la considérer comme un incivisme, ou encore une paresse démocratique. L’abstention, pour un grand nombre de ceux qui la pratiquent, devient une expression à part entière de l’opinion, une réponse légitime, un droit de ne pas voter pour contester une offre politique jugée défaillante.

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