Vous revenez ce matin sur un sport particulièrement apprécié du président de la République…Oui, il s’agit du « lancer de débat ». C’est un sport assez basique mais quand même dangereux. Vous prenez un bon débat bien lourd et vous le lancez le plus haut possible pour qu’il retombe sur la tête de vos adversaires. C’est comme ça que vous marquez des points. La difficulté c’est que les débats, c’est comme les ballons de rugby ça part, parfois un peu n’importe où, on ne sait pas où ça rebondit... Et ça peut vous retomber dessus. Prenez le débat sur la place de l’islam en France voulu par le président. Il s’agit de s’interroger sur une éventuelle réforme du CFCM, le Conseil Français du Culte Musulman créé en 2003, de réfléchir au financement des mosquées. Doit-on garder la loi de 1905 en l’état et simplement aménager des dispositions pour que les collectivités locales puissent donner accès à des terrains pour construire des mosquées ? Doit-on modifier légèrement cette loi pour permettre des aides plus directes à la construction de lieux de culte ? Les communes, dans le cadre de la loi actuelle entretiennent les églises et les cathédrales qui font partie de notre patrimoine mais ne peuvent rien faire pour les mosquées. Ces questions, comme celles de la formation des imams sont des questions débattues en permanence, depuis des années. Il y a des rayonnages de thèses, des rapports universitaires, parlementaires disponibles et richement documentés. Que veut le président ? Quelles sont ses propositions ? Il n’y a d’ailleurs pas forcément besoin de nouvelles lois pour faire appliquer les règles de la laïcité en matière de prière dans la rue ou de construction de minarets. Mais en quoi un débat sur la laïcité pourrait nuire à la société française ?Il y a un large consensus en France. Tout le monde ou presque est d’accord, le CFCM aussi. Le seul d’ailleurs qui avait quelques velléités de réformer la laïcité pour instaurer ce qu’il appelait, la « laïcité positive », c’était justement Nicolas Sarkozy. Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, le président a dû renoncer. La laïcité n’est ni « négative », ni « positive », elle est « la laïcité », un équilibre précieux auquel les Français de tous bords sont attachés. Faire des propositions concrètes pour que les prières ne se déroulent plus dans la rue, ça ne nécessite pas un grand débat national. Personne n’est pour les prières dans la rue, de l’extrême gauche à l’extrême droite. Pour une fois que l’on a un consensus! Même ceux qui prient dans la rue aimeraient mieux avoir un lieu de culte. Dans ce domaine justement, un grand débat national pourrait être explosif parce que, historiquement, en France, la place de la religion constituait un terreau de passions. Pourtant, la question n’est plus philosophique ni même politique puisqu’on est tous d’accord, mais pratique : comment fait-on pour que les prières se pratiquent dans les mosquées? Sur une question comme les retraites où il n’y avait pas d’accord, il y avait matière à un large débat… On pouvait même se dire que ça aurait pu faire l’objet d’un thème pour la campagne présidentielle, avec plusieurs philosophies en concurrence. Et c’est là que l’on a imposé un texte ! Mais sur une question consensuelle, la laïcité qui réclame simplement des réponses concrètes en revanche, on nous dit qu’il faudrait faire un débat ! Avouez que c’est assez étrange! Peut être tout simplement faudrait-il cesser de considérer le « lancer de débat » comme une tactique politique. Et ne pratiquer ce sport, non pas quand une question est abusivement utilisée par des extrémistes, mais quand elle se pose vraiment.

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