Par Jean-François Achilli.

Le pluralisme est-il vraiment menacé en France ?

La question se pose tout d’abord avec l’affaire des signatures. Le Conseil constitutionnel a débouté hier Marine Le Pen de sa demande de rendre anonymes les 500 parrainages d’élus nécessaires pour être candidat et publiés au Journal Officiel. La présidente du Front National, qui dénonce des pressions sur les maires, n’a pas été entendue. Les sages du Conseil estiment que la règle, qui date du Général de Gaulle, un demi-siècle déjà, garantit la transparence de la procédure, et qu’elle est conforme à la Constitution. Donc pas touche.

La candidate du FN accuse UMP et PS de truster tout le système. Quand vous interrogez Henri Guaino… le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy estime qu’il n’est pas possible de changer la règle à deux mois du scrutin, qu’elle a le mérite d’exister, mais reconnaît qu’elle n’est pas satisfaisante. Chez Jean-Marc Ayrault, le conseiller spécial de François Hollande cette fois, l’idée est qu’il faudrait passer à quelque chose de pétitionnaire, une consultation populaire pour valider les candidatures, une sorte de primaire en fait. Tout le monde sent bien qu’il faut trouver autre chose.

En attendant, Marine le Pen, qui n’a pas encore ses 500 signatures, s’est offert une belle tribune, en s’imposant porte-drapeau du pluralisme, version moderne de la victimisation habituelle de son père avant chaque présidentielle.

L’autre grand débat concerne la proportionnelle aux législatives :

Lancée par Nicolas Sarkozy à la fin de son meeting de Marseille, promesse non tenue de 2007, également inscrite dans le programme de François Hollande. L’idée serait d’avoir au moins 10% de députés issus des rangs des formations tenus à l’écart de la vie parlementaire. Le FN par exemple. Deux députés UMP, qui ont entendu leur candidat, ont aussitôt annoncé hier qu’ils déposaient une proposition de loi en ce sens avant de se faire taper sur les doigts. Nicolas Sarkozy, en lançant l’idée dimanche, pour faire les yeux doux aux électeurs du Front National et du Modem, sait pertinemment que c’est juste infaisable, là encore à deux mois du scrutin. Puisqu’il a fait lui-même inscrire dans la Constitution, lors de la révision de 2008, le plafond de 577 députés. A défaut de pouvoir augmenter leur nombre, il faudrait donc redécouper la carte électorale. C'est-à-dire un an de travaux. La réforme, au mieux, est pour 2017.

Quelle est la jauge ? 10%, cela fait en gros 60 députés. 80 serait le bon chiffre, partagé à l’UMP et au PS, pour vraiment laisser la place aux petites formations. Mais pas au-delà : sinon, d’un avis commun, le Parlement serait ingérable, sans majorité claire, le retour à la quatrième République.

Au final, tout le monde dit : oui au pluralisme. Faut que ça change. Mais juste un peu. Il ne faut surtout pas que cette belle idée vienne perturber la bipolarisation en marche de la vie politique française. Devenue aujourd’hui inéluctable.

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