D'un dimanche à l'autre, une ministre de l'enseignement supérieur attendue sur la question sociale (la précarité étudiante en temps de Covid), mais focalisée sur l'islamo-gauchisme (dans des amphis déserts).

Frédérique Vidal à l'Assemblée Nationale
Frédérique Vidal à l'Assemblée Nationale © AFP / Xose Bouzas / Hans Lucas

Encore un long week-end polémique sur l’islamo-gauchisme universitaire.

Un dimanche sur CNews peut en cacher un autre dans le JDD. La même ministre, Frédérique Vidal, en charge de l’enseignement supérieur, persiste et signe : il y aura bien une « enquête » (parlons plutôt d’étude) pour recenser les atteintes à la laïcité dans les facs, pour débusquer les scientifiques qui confondent recherche et militantisme…

Pourtant, entre les deux dimanches, on avait compris que le débat était clos. Vu l’avalanche de réactions hostiles chez les présidents d’universités et au CNRS. Même Emmanuel Macron a fait savoir qu’il était « attaché à l’indépendance des enseignants-chercheurs ». Et bouquet final, samedi ! La pétition, signée par 600 universitaires dans Le Monde, pour réclamer sa démission…

D’où la stupeur en retrouvant Frédérique Vidal hier à la une du JDD… Bis repetita. A-t-on affaire à une tête brûlée de la politique ? Ministre fragilisée et frondeuse ? Ou tout cela est-il subtilement téléguidé ? Ils sont nombreux, en macronnie, à s’être appelés hier pour essayer de comprendre, et ils n’ont pas compris. 

Car cette interview, m’a-t-on expliqué, était une « initiative personnelle », validée par Matignon, mais pour aider à tourner la page du malentendu, et remettre la précarité étudiante au cœur des priorités… C'est raté, et ça provoque des dommages collatéraux au sein de l’exécutif. D’un côté, Gérald Darmanin saluant le « courage » de sa collègue. De l’autre, Gabriel Attal passablement agacé ! Le porte-parole du gouvernement trouve « hallucinante » la place prise par ce débat.

Pourquoi la ministre y tient tellement à ce sujet ?

Parce que des enseignants lui écrivent et lui demandent d'intervenir, menacés dans leur liberté de faire cours. Qui ? Quand ? Combien ? L’islamo-gauchisme a-t-il pris le pouvoir dans les amphis ? 

Même la ministre considère qu’il s’agit d’un fait « très minoritaire ». Fin 2019, Sylviane Agacinski, puis François Hollande, ont été empêchés de débattre à Bordeaux et à Lille : dérive inadmissible… 

Est-ce pour autant l’enjeu numéro un ? On fêtera bientôt (même si ça n’a rien d’une fête !) le premier anniversaire du premier confinement. Combien d’étudiants ont aujourd’hui la possibilité d'étudier en présentiel plus d’une journée par semaine ? Qui mange correctement midi et soir ? Combien de jeunes en détresse psychologique ? C’est sur ce terrain-là qu’on attendait et qu’on attend toujours la ministre. 

Pendant deux semaines, de Saclay à Nantes, Emmanuel Macron s’est déployé sur le thème de l’égalité des chances. Il s’agissait de parler d’ascenseur social, en même temps que de séparatisme. La chorégraphie solitaire de Frédérique Vidal apparaît d’autant plus décalée, y compris dans le temps ! Car les députés ont déjà adopté le projet de loi renforçant les principes républicains. 

On a du mal à suivre

S'agit-il d'un marqueur de plus pour combattre une Marine Le Pen trop "molle" ou trop floue ? Parce qu’on dissout Génération identitaire d’un côté, il faudrait, de l’autre, recenser les islamo-gauchistes de l’université, pour tenir les deux bouts ? 

Avec l’électron libre Vidal, on touche aux limites du macronisme. N'est-ce pas Emmanuel Macron qui dissertait dans L'Express à Noel sur le « privilège de l’homme blanc » ? L'accuse-t-on pour autant de dérive islamo-gauchiste ? 

En attendant, ces débats de mandarins passent largement, et heureusement, au-dessus de nos têtes ! Au-dessus, il y a Perseverance et ses photos de la planète rouge, technologie auxquelles notre CNED et notre CNRS ont largement contribuées. Des traces de vie, pas encore, mais sur Mars, aucun islamo-gauchiste à l’horizon.

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